Ascoval: «Envisager le pire, c’est ce qui me permet de dormir»... Les salariés entre espoirs et désillusions

REPORTAGE Le sort de l’entreprise et de ses 270 salariés devrait être connu fin juin. Mais le feuilleton rocambolesque de la reprise commence à en décourager plus d’un

Francois Launay

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L'aciérie Ascoval, à Saint-Saulve (Nord).
L'aciérie Ascoval, à Saint-Saulve (Nord). — FRANCOIS LO PRESTI / AFP
  • L’actionnaire majoritaire du groupe qui a repris l’aciérie est venu mardi à Saint-Saulve pour tenter de rassurer les salariés.
  • Reprise début mai par le britannique British Steel, l’aciérie Ascoval a appris deux semaines plus tard que le groupe était placée en faillite.
  • Un rebondissement de plus dans un dossier rocambolesque.

A Saint-Saulve (Nord),

Les promesses n’engagent que ceux qui les croient. Et à Ascoval, les salariés sont de moins en moins nombreux à imaginer la reprise de leur aciérie. Depuis cinq ans, l’usine de Saint-Saulve, placée en redressement judiciaire en novembre 2017, navigue entre espoirs et désillusions. Un ascenseur émotionnel que ne supportent plus bon nombre d’employés comme Salvatore Benedetti

« Ça fait des mois que j’envisage le pire et c’est ce qui me permet de dormir. Dans ma tête, je me suis dit que l’usine pouvait fermer. Je pense d’ailleurs que beaucoup de salariés veulent que l’usine ferme car ils n’en peuvent plus. Mentalement, c’est insupportable. Ce sont des épisodes sans fin », regrette cet élu au comité d’entreprise.

Un feuilleton digne d’un roman noir

Il faut dire que le feuilleton Ascoval a tout du roman noir. A chaque fois qu’un repreneur se présente et se dit prêt à sauver les 270 emplois, l’euphorie retombe immédiatement. En février dernier, on apprenait que le groupe belge Altifort, désigné pour la reprise, n’avait finalement pas les fonds nécessaires. Rebelote début mai avec le britannique British Steel. Désigné repreneur de l’usine par le tribunal de Strasbourg, le groupe a été placé en faillite deux semaines plus tard par le gouvernement britannique.

Un nouveau rebondissement qui en pousse certains à manier l’ironie « Vous voyez l’inquiétude que j’ai. J’écoute Laura Pausini, c’est pour vous dire. Je ne crois plus rien. On verra bien. Ça fait quatre ans que ça dure, qu’on a le même discours. Il y a un ras-le-bol qui s’installe », reconnaît cet employé croisé à la sortie de l’usine.

Une rencontre plutôt fraîche avec le repreneur

Faute de commandes, les salariés ne travaillent plus depuis la mi-mai. Ce mardi, ils étaient pourtant nombreux à se rendre au siège d’Ascoval pour rencontrer Marc Meyohas. Le Français est l’actionnaire majoritaire du fonds d’investissement GreyBull Capital qui détient British Steel mais aussi Ascoval via une autre filiale (Olympus Steel). Sauf que le sort des deux est lié. Accueilli fraîchement, le financier a tenté de rassurer les salariés en expliquant son plan.

« On n’a pas eu de réponses précises de sa part aujourd’hui. On sait que les deux usines qu’on doit livrer [Hayange et FN Steel aux Pays-Bas] dépendent de British Steel et sont donc en faillite. Marc Meyohas s’est porté acquéreur de ces deux usines. Il fait le pari qu’il n’y aura pas de repreneur pour ces deux sites. Il croit en son plan qui dépend de l’Etat anglais. Ce sont eux qui désigneront un repreneur fin juin. Mais les salariés sont blasés et attendent d’avoir du concret. Et le concret, ce sont de vrais éléments qu’il va falloir nous amener rapidement », explique Bruno Kopczynski, délégué CFDT et porte-parole de l’intersyndicale d’Ascoval.

L’incertitude est prolongée jusqu’à la fin juin

Car ce nouveau délai prolonge une nouvelle fois l’incertitude chez des salariés qui n’en peuvent plus. « Notre situation commence à ressembler aux nombreux épisodes d’Indiana Jones. Il y a beaucoup de pièges dans le film. », ironise Bruno Kopczynski.

« Il y a des démissions, des arrêts maladie. C’est très compliqué pour tout le monde », reconnaît Nacim Bardi, délégué CGT d’Ascoval.

S’ils sont soutenus par les élus politiques de tous bords et par l’Etat, les salariés d’Ascoval savent que leur sort dépend désormais de l’administration anglaise. Quoi qu’il arrive, une reprise du travail est prévue mi-juin à Saint-Saulve. La suite est encore floue et le pire reste possible dans ce dossier qui n’en finit plus de jouer avec les nerfs de 270 personnes.