Train des primeurs Perpignan-Rungis: Les opposants à la fermeture se mobilisent

TRANSPORTS Ils demandent au gouvernement d’agir immédiatement pour sauver la ligne

Nicolas Raffin

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Un employé charge des palettes dans le train des primeurs qui assure la liaison Perpignan-Rungis.
Un employé charge des palettes dans le train des primeurs qui assure la liaison Perpignan-Rungis. — RAYMOND ROIG / AFP
  • La ligne de fret Perpignan-Rungis est menacée de fermeture depuis plusieurs semaines, et devrait être remplacée par des camions.
  • Les opposants à la fermeture dénoncent une aberration écologique et demandent au gouvernement de garantir l’exploitation de la ligne.
  • Un comité de suivi a vu le jour, mais aucune solution de long terme n’a été trouvée.

Une course contre-la-montre pour sauver un train. Ce n’est pas le scénario haletant d’un film d’action américain, mais la situation dans laquelle se trouvent les défenseurs du « train des primeurs ». Ce convoi du rail relie Perpignan à l’énorme marché alimentaire de Rungis, au sud de Paris, avec 400.000 tonnes de fruits et légumes transportées chaque année dans ses wagons frigorifiques. Il pourrait disparaître d’ici à quelques semaines, remplacé par l’équivalent de 23.000 camions. Une aberration écologique pour beaucoup.

Pour interpeller l’opinion publique, une coalition hétéroclite formée par la CGT Cheminots et plusieurs partis de gauche (EELV, France insoumise, PCF, Generation. s) s’est donc retrouvée ce mardi devant le ministère des Transports, dans la capitale. « Nous voulons interpeller Elisabeth Borne [la ministre en charge du dossier], explique Thomas Portes, syndicaliste à la CGT et membre du PCF. Nous demandons très clairement que ce train soit sauvé ».

« Le gouvernement doit intervenir »

Et il y a urgence. Le contrat qui lie la SNCF aux affréteurs des wagons (Rey et Roca) arrive en effet à échéance dans quelques semaines. Pour pouvoir continuer à exploiter la ligne, la SNCF affirme qu’elle est dans l’obligation de faire rouler des wagons frigorifiques tout neufs, car le matériel actuel date des années 1970. Or, ce renouvellement complet du train, dont le coût est estimé à environ 20 millions d’euros, serait à la charge des transporteurs. Trop cher pour Rey et Roca, qui pointent aussi un autre problème. « Pour pouvoir réinvestir dans ces wagons-là, il faudrait avoir des perspectives (…), mais c’est un marché qui est extrêmement volatil, et donc un engagement sur des sommes aussi importantes n’est pas possible » expliquait ainsi mi-mai un porte-parole de Rey au Monde. Ils ont donc choisi de passer au transport par camions, vraisemblablement dès la mi-juillet, comme l’a révélé le journal l’Indépendant ce lundi.

« La solution est simple, explique Laurent Brun, patron de la CGT Cheminots. Le gouvernement doit intervenir pour garantir l’exploitation de la ligne par la SNCF. » Si l’exécutif n’a pas été jusque-là pour l’instant, il n’est pas non plus resté les bras croisés. Le 10 mai, Elisabeth Borne expliquait sur LCI que son objectif « [était] que ces marchandises ne se retrouvent pas sur la route ». Un « comité de suivi » a été créé dans la foulée, avec l’objectif « d’une solution ferroviaire pérenne d’ici à la fin de l’année ». Le marché de Rungis s’est également dit prêt à débourser 300.000 euros pour aider Roca et Rey à « louer temporairement » des wagons plus modernes.

Mais les transporteurs accepteront-ils de retourner au rail alors qu’ils vont passer par la route d’ici à quelques semaines ? Sans compter qu’ils n’ont aucune obligation légale de renouveler leur contrat avec la SNCF. « L’histoire suit son cours. Il est toujours question de trouver une solution à la reprise de la saison haute, au début du mois de novembre », explique Gérard Malaure, directeur général de Primever (qui possède Roca), interrogé par Libération.

« Criminel »

Pas de quoi calmer la colère des opposants. « Le gouvernement est dans l’hypocrisie, estime en effet Mathilde Panot, députée FI. D’un côté, il soutient les manifestations des jeunes pour sauver le climat, et de l’autre, il va laisser des milliers de camions arriver sur les routes pour remplacer le train. C’est criminel, sachant qu’en France, il y a déjà des milliers de morts prématurées à cause de la pollution de l’air ». Et Loïc Prud’homme, autre député FI, d’ajouter : « Les camions ne payent pas leur vrai prix, Ils ne prennent pas en compte leurs dégâts environnementaux et les dégâts en termes de santé. C’est une forme de dumping. Il est urgent de rendre le camion plus cher, pour qu’il assume son vrai coût ».

Egalement présents ce mardi, plusieurs élus du Val-de-Marne ont aussi rappelé que la gare ferroviaire du marché de Rungis avait été entièrement refaite, moyennant 19 millions d’euros d’argent public. L’abandon du train des primeurs rendrait l’infrastructure inutile, moins de 10 ans après sa rénovation. Pour Laurent Brun, il est donc temps que le gouvernement fasse un geste fort pour sauver le train des primeurs : « Les déclarations ne coûtent pas cher. Ce que nous voulons, ce sont des actes ».