Le FMI «inquiet» de la dette publique française, jugée «trop élevée»

MONEY Le FMI pointe l’augmentation des risques extérieurs, qui viennent s’ajouter à des « problèmes structurels » persistants

20 Minutes avec AFP

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Image d'illustration d'une réunion au Fonds monétaire international (FMI) à Washington.
Image d'illustration d'une réunion au Fonds monétaire international (FMI) à Washington. — ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Le Fonds monétaire international (FMI) a appelé ce lundi la France à « procéder à un effort budgétaire structurel ambitieux » afin de réduire sa dette publique, jugée « trop élevée et sujette à inquiétude » à moyen et long terme.

« La dette française a augmenté au cours des dernières années et le pays dispose de peu de marge de manœuvre en cas de crise », a affirmé Delia Velculescu, la cheffe de mission du FMI pour la France lors d’une conférence de presse. Au terme de son évaluation annuelle de l’économie française, le FMI a adressé un avertissement au gouvernement : « s’il n’existe pas de risque immédiat, car le niveau actuellement bas des taux d’intérêt suggère qu’une dette plus élevée peut être tenable au stade actuel, le niveau élevé de la dette n’offre guère de quiétude ».

La menace du « Brexit »

Dans ces conditions, « il est nécessaire de procéder à un effort budgétaire structurel ambitieux afin de placer la dette sur une trajectoire ferme à la baisse », ajoute l’organisation internationale. Selon le FMI, qui maintient inchangée sa prévision de croissance pour la France en 2019, à 1,3 %, l’économie tricolore « reste résiliente », « en partie grâce aux réformes importantes qui ont été mises en œuvre ces dernières années ».

Mais « les risques extérieurs ont augmenté notamment », a expliqué Delia Velculescu, en allusion notamment à la guerre commerciale et au Brexit, tout en soulignant que « les problèmes structurels persistent ». « Les réformes ont besoin d’être appliquées », a-t-elle ajouté. Outre la « dette publique et privée élevée », l’institution constate une « croissance atone de la productivité » et un « chômage structurel encore élevé ». Pour cette raison, « un consensus social autour des réformes est nécessaire afin de s’attaquer aux défis économiques de long terme de la France et de renforcer la résilience aux chocs », ajoute le FMI, pour qui un « effort soutenu doit être consenti ».

Des réformes nécessaires, un consensus « essentiel »

Pour le budget de l’année prochaine, en cours d’élaboration, « cela implique de prendre des mesures d’assainissement qui compensent les mesures d’allégement fiscal d’avril dernier », annoncées par Emmanuel Macron à l’issue du grand débat national, souligne-t-il. Selon le FMI, plusieurs réformes prévues par le gouvernement devraient permettre de « préserver la viabilité des finances publiques françaises », à l’image de la réforme de la fonction publique, de la réforme des retraites ou de la réforme des allocations-chômage, susceptible de « produire des économies budgétaires à travers une révision des règles de calcul ».

Mais des mesures supplémentaires sont proposées, comme la réduction des coûts de la santé, un meilleur ciblage des prestations sociales, ou encore « la fusion de petites municipalités » et « l’élimination de doubles emplois entre les fonctions des collectivités locales » et de l’Etat. « Un consensus social autour des réformes prioritaires est essentiel pour en assurer le succès, au profit de tous les citoyens et des générations futures », reconnaît toutefois le FMI.

Le « point noir » de la dette

A mi-avril, le ministre des Finances, Bruno Le Maire, avait reconnu que la dette constituait « un point noir ». « Aujourd’hui, nous prévoyons de faire moins de cinq points de réduction de la dette, nous le disons avec sincérité », avait-il affirmant, attribuant cette révision à l’abandon de la hausse de la taxe carbone et à la croissance moins dynamique qu’attendu.

Selon Bercy, le déficit public devrait atteindre 3,1 % du PIB cette année, puis 1,2 % en 2022. La dette publique devrait quant à elle passer de 98,4 % en 2018 à 96,8 % en 2022, soit une baisse de 1,6 point de PIB, alors que l’exécutif promettait jusque-là une baisse de cinq points.