VIDEO. «Monsieur Plus Connect»: La folie s'est une nouvelle fois emparée des magasins Lidl pour acheter le rival du Thermomix

REPORTAGE La chaîne de supermarchés Lidl a commercialisé ce lundi son nouveau robot de cuisine à tout faire, le «Monsieur cuisine connect». Et c’était la folie dans les rayons

Guillaume Novello

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Le magasin Lidl de la rue Labrouste (Paris 15e) après la razzia.
Le magasin Lidl de la rue Labrouste (Paris 15e) après la razzia. — G. Novello
  • Le distributeur Lidl a commercialisé ce lundi 3 juin son dernier robot cuiseur, le « Monsieur cuisine connect ».
  • Au Lidl de la rue Labrouste à Paris (15e), des gens ont attendu plus d’une demi-heure devant le magasin pour pouvoir s’emparer du précieux produit.
  • Prix, qualité et bouche-à-oreille sont les clés d’un succès non démenti.

« La dernière fois, il n’y en avait que cinq », lance une voix fébrile. L’inquiétude monte d’un cran. « Je viens ici et on verra, sinon je vais avenue de Versailles », annonce une reine du plan B. Quelqu’un tente de rassurer les inquiets : « Mais c’était un ancien modèle, il n’y avait plus de stocks, donc là normalement, il devrait y en avoir davantage. » Le calme revient peu à peu mais la tension s’installe insidieusement, prête à exploser. Déjà, des éclats de voix réveillent la rue endormie. La cause ? Des filous essaient de gruger la queue.

Une longue file d'attente devant le magasin Lidl de la rue Labrouste, à Paris.
Une longue file d'attente devant le magasin Lidl de la rue Labrouste, à Paris. - G. Novello

Il faut dire que certains poireautent depuis une demi-heure pour pouvoir atteindre le Graal ultime de la cuisine, pas une vulgaire coupe de charpentier comme dans La Dernière Croisade, mais bien le « Monsieur cuisine connect », aka le robot cuiseur à tout faire vendu par Lidl au prix de 359 euros quand la concurrence, notamment le cultissime Thermomix, est vendue deux à trois fois plus cher. 8h30, une silhouette apparaît derrière la porte vitrée automatique du Lidl de la rue Labrouste, à Paris 15e. Un frisson d’excitation parcourt la longue file d’attente grosse d’une soixantaine de personnes. La clé est enclenchée, elle tourne – comme dans « Fort Boyard », mais en mieux –, la porte s’ouvre… Top c’est parti !

Adieu Erasme, Voltaire et Rousseau

Le premier mètre dans le magasin se fait au pas, chacun se rappelant ces milliers d’années de civilisation nécessaires pour nous distinguer des animaux. Mais dès l’entrée dans les rayons, adieu les grands penseurs des Lumières, Erasme, Voltaire, Rousseau, Jean-Luc Lahaye, chacun redevient cet homme de Cro-Magnon se jetant sur la carcasse d’un cerf rachitique après deux mois de disette. La course est presque effrénée et tous se ruent sur la pile de cartons « Monsieur cuisine connect ».

Mieux valait ne pas être en retard puisque, à 8h45, les « 75 exemplaires disponibles en magasin ont été vendus », se félicite Darène, le gérant : « Chaque magasin a reçu une quantité précise, l’approvisionnement a été approximatif car on ne pouvait se baser que sur des sondages. Ce produit-là, on l’attendait depuis déjà deux mois, et, afin de faire face à l’afflux de clients, l’équipe était plus conséquente que d’habitude. »

Pour être sûr de toucher la martingale, Louis, 27 ans, consultant, a posé sa journée. « Je suis arrivé à 7h50, précise-t-il. J’avais vu ce robot, je crois qu’il est mieux que le Thermomix concurrent. Ils ont fait un gros coup de com sur ces robots et tout le monde me dit par bouche-à-oreille qu’il est encore mieux que l’original et à un prix quatre fois moins élevé, je me suis dit, "j’y vais j’y vais !" » « Le prix et la qualité », c’est également ce qui a décidé Eric 36 ans – « d’après ce que j’ai vu, c’est l’équivalent du Thermomix, à mille euros de moins ».

« J’ai un peu vrillé »

Laurence, 62 ans, orthophoniste, galère sur le trottoir à transporter ses deux « Monsieur cuisine connect » qu’elle a acquis « pour elle et pour la fille d’une amie ». Comme pour Eric et Louis, « c’est le prix qui [l]'a fait acheter, explique-t-elle. Cela fait des années que j’hésite à en prendre un et quand j’ai vu le prix je me suis dit "Allez je me décide". » Elle-même n’a pas l’habitude de faire ses courses chez Lidl, qui grâce à cette opération, touche une plus large clientèle, à l’instar de Louis, qui avoue y « aller pour la première fois ».

Un succès qui s’explique également par l’efficacité du bouche-à-oreille comme en témoigne Anaïs, 28 ans. « J’ai un peu vrillé, confesse-t-elle. Avec des copines, on en parlait beaucoup, surtout une qui m’a contaminée, on va dire. Ma mère aussi a un Thermomix, tous les week-ends je vais chez elle, je la voyais cuisiner avec et je me suis dit "c’est vachement bien mais c’est super cher". » En free-lance, elle a décidé de consacrer sa matinée à cet achat mais « là, c’est tellement lourd que je prends un Uber pour rentrer »…

Le calme revient peu à peu dans le magasin en attendant cet après-midi, quand il y aura un nouvel arrivage, annonce Darène. Et que ceux qui n’ont pas pu se déplacer mais souhaitent tout de même en acquérir un se rassurent. « S’il n’y a plus de "Monsieur cuisine connect" en magasin, on prend les coordonnées des clients et, dans les jours à venir, ils sont prévenus dès qu’il y en a à nouveau en vente. » Ouf, le monde vient de gagner un sursis.