VIDEO. Whirlpool: Seulement un an après la reprise, le repreneur de Whirlpool Amiens en redressement judiciaire

SOCIAL L'industriel local Nicolas Decayeux souhaitait produire des casiers réfrigérés connectés,des chargeurs de batteries pour vélos et voitures mais depuis un an, rien ne sort de l'usine selon les salariés

20 Minutes avec AFP

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L'usine Whirlpool d'Amiens
L'usine Whirlpool d'Amiens — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Le soulagement aura été de courte durée… Les inquiétudes des ex-salariés de Whirlpool étaient fondées : tout juste un an après la reprise du site par l’industriel local Nicolas Decayeux, l’entreprise, sans débouchés commerciaux suffisants, a été placée mardi en redressement judiciaire. Le nouveau propriétaire du site, WN, « se trouve dans une impasse de trésorerie très importante qui va le conduire à se placer sous la protection du tribunal de commerce (…) pour assurer la prise en charge des salaires », a ainsi indiqué la préfecture de la Somme dans un communiqué en fin d’après-midi.

« La priorité est de reclasser » les salariés de WN

« Cette situation critique s’explique par les difficultés de la société WN à concrétiser ses projets industriels innovants en débouchés commerciaux concrets à court ou moyen terme. Le faible chiffre d’affaires généré actuellement ne permet pas à l’entreprise de financer son activité malgré l’importance des efforts financiers consentis » par l’Etat (2,5 M d’euros) et Whirlpool (7,4 M d’euros), détaille la préfecture. Une porte-parole de WN a confirmé à l’AFP que l’entreprise avait été placée mardi en redressement judiciaire, mais qu’il n’y avait aucun projet de cession. 

Désormais, « la priorité est de reclasser » les salariés de WN, affirme encore la préfecture, qui précise que « des réunions seront organisées dans les prochains jours afin d’identifier les entreprises pouvant avoir un intérêt pour une reprise de l’activité ou des salariés ».

« C’est terrible pour les salariés, mais on s’y attendait »

Dès le lendemain de la fermeture de l’usine, délocalisée à Lodz (Pologne) par le géant américain de l’électro-ménager, le site était repris par l’industriel picard Nicolas Decayeux, président du Medef de la Somme. Rebaptisée WN, l’entreprise devait se lancer dans la production de casiers réfrigérés connectés, la fabrication de chargeurs de batteries pour vélos et voitures ou encore la création d’une usine collaborative. Des projets ambitieux qui n’ont quasiment pas vu le jour. « C’est terrible pour les salariés (…) mais on s’y attendait, ça fait un an que cette entreprise existe et il n’y a rien qui sort. Ce que Decayeux a touché par Whirlpool a payé les salaires », a réagi auprès de l’AFP Frédéric Chanterelle, délégué CFDT chez Whirlpool.

Des actions en justice ?

« Nous allons lancer dans les prochains jours des actions en justice » pour « réclamer l’annulation de la cession de l’usine » d’Amiens à WN et pour que « les responsables de cette nouvelle catastrophe sociale soient contraints de s’expliquer », a annoncé mardi soir Fiodor Rilov, avocat des ex-salariés de Whirlpool. Ces actions viseront à la fois WN, « qui va devoir se justifier sur les conditions dans lesquelles cette entreprise n’a jamais rien produit et a fait faillite », et Whirlpool « qui est le financeur de cette farce dramatique », a-t-il poursuivi, jugeant la cession dénuée de business plan et donc « factice ».

Dans un communiqué, Nicolas Decayeux affirme cependant croire encore en un avenir meilleur : « après un démarrage de l’activité tardif, l’entreprise est actuellement en négociation avec plusieurs partenaires sérieux pour développer son activité principale de Shopping Box (…) Nous ne baissons pas les bras et nous continuons à croire à la réussite de notre projet novateur ».

« On s’est fait berner »

« On s’est fait berner », a lancé aussi mardi à l’AFP Pascal Lefebvre, secrétaire adjoint CFTC du CE. « On tirait la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois ! (…) WN n’a pas de contrats ! Ca fait un an que les trois quarts des gens ne travaillent pas, il y a en gros quarante personnes qui travaillent. Forcément, quand il n’y a rien qui rentre, on ne peut plus payer, on l’a dit maintes et maintes fois à qui veut l’entendre mais personne n’a bougé », a-t-il déploré mardi. « Il y a un an, les collègues ont été licenciés et, un an plus tard, ils sont à nouveau au bord du gouffre. Deux coups comme ça… Faut vraiment avoir le moral », s’est-il encore alarmé.

Le 31 mai 2018, WN avait repris 162 salariés sur les 282 que comptait l’usine de sèche-linge. En janvier 2017, lors de l’annonce de la fermeture de son site, Whirlpool employait encore 300 personnes en CDI, 250 intérimaires en quasi-temps plein et une centaine de personnes chez le sous-traitant pour les plastiques Prima-France.

Emmanuel Macron, en visite à l'usine Whirlpool en octobre 2017.
Emmanuel Macron, en visite à l'usine Whirlpool en octobre 2017. - HAMILTON-POOL/SIPA

 

La lutte des salariés de l’usine, devenue le symbole des délocalisations industrielles, s’était invitée dans la campagne présidentielle 2017 avec une passe d'armes sur place entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen durant l'entre-deux-tours.