Emmanuel Macron au salon VivaTech le 16 mai 2019.
Emmanuel Macron au salon VivaTech le 16 mai 2019. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

ETUDE

Attractivité de la France : Les «gilets jaunes» ont-ils influencé les investisseurs étrangers?

Le pays reste très attractif, notamment dans l’industrie

  • EY dévoile ce mardi son baromètre 2019 de l’attractivité de la France.
  • L’Hexagone est toujours très bien perçu par les investisseurs étrangers.
  • La persistance d’une crise sociale pourrait néanmoins affecter certains projets dans le futur.

Bruno Le Maire a changé d’avis. En janvier dernier, le ministre de l’Economie assurait que le mouvement des « gilets jaunes » « [avait] un coût pour la croissance et l’attractivité de la France ». Le gouvernement s’inquiétait notamment de l’influence que pouvaient avoir les images de violence et de chaos des manifestations sur les investisseurs. Et puis, le 17 mai, le locataire de Bercy a opéré un demi-tour spectaculaire lors de sa visite au salon Vivatech : « la crise des "gilets jaunes" n’a pas eu d’impact sur l’attractivité de la France, on le mesure avec des indicateurs très précis », avait-il alors lancé.

Paris attire toujours

L’un de ces indicateurs, c’est le baromètre EY 2019 sur l’attractivité du pays, publié ce mardi. Comme chaque année, 203 décideurs internationaux* ont été interrogés par le cabinet de conseil sur leur vision de la France. A cela s’ajoutent de nombreuses données quantitatives qui permettent de voir que l’Hexagone est toujours perçu comme une terre d’opportunités.

 

Près de 80 % des investisseurs considèrent en effet la France comme une localisation satisfaisante (contre 81 % en 2017). « Cette appréciation est plus élevée chez les investisseurs étrangers déjà implantés en France (91 %), dont l’attachement semble se renforcer avec les années », relèvent les auteurs du rapport. Autre motif de satisfaction : Paris reste considérée comme la métropole européenne la plus attractive pour la deuxième année de suite, devant Londres, qui pâtit de l’incertitude autour du divorce à venir avec l’UE.

« Plusieurs facteurs expliquent la place de Paris, relève le rapport. En premier lieu, le Brexit et l’attention portée à la région capitale pour les transferts d’activités en provenance du Royaume-Uni. (…) Notons aussi (…) les chantiers d’infrastructure du Grand Paris et la perspective de Paris 2024, qui mettent particulièrement en lumière l’agglomération francilienne. »

Les paradoxes de l’industrie

Au delà de Paris, c’est le pays tout entier qui attire les investisseurs. En 2018, les experts d’EY ont comptabilisé 1.027 projets d’investissements étrangers sur l’ensemble du territoire, ce qui le place à la deuxième place du top 10 européen. Ces projets sont par exemple des créations ou des extensions d’entreprises, mais aussi des implantations de sièges sociaux. Leur nombre est stable par rapport à 2017, alors que les autres pays du top 3 (Allemagne et Royaume-Uni) séduisent de moins en moins.

 

Deux secteurs sont particulièrement porteurs : la recherche et développement (+85 % de projets recensés), mais aussi l’industrie (339 projets en 2018, n°1 en Europe). « En dépit de l’image qu’elle renvoie, écornée par les difficultés d’entreprises parfois emblématiques [General Electric vient par exemple d’annoncer 1.000 suppressions de postes à Belfort], (…) l’industrie reste un chef de file méconnu de l’attractivité de la France » affirme le rapport.

Des demandes très présidentielles

Derrière tous ces chiffres, EY décèle néanmoins quelques points d’inquiétude, notamment sur les effets à long terme des « gilets jaunes ». « Si le mouvement n’a pas encore eu d’impact profondément négatif sur la confiance des dirigeants en l’économie française, le statu quo n’est pas garanti si la crise perdure » préviennent les auteurs. D’autant que les décideurs interrogés dans cette étude l'ont été en janvier, et que les manifestations ont perduré depuis. 

Pour que la France reste attractive, les investisseurs formulent des demandes plutôt classiques : simplification du cadre administratif, baisse des impôts, réduction du coût du travail. Des propositions qui ressemblent à s’y méprendre au programme défendu par Emmanuel Macron.

* « La perception et les attentes des décideurs internationaux ont été recueillies à travers une enquête téléphonique auprès de 203 décideurs internationaux 9 au 25 janvier 2019. Les dirigeants, déclarés impliqués dans les décisions d’investissement étrangers, ont été interrogés dans 26 pays​ » précise EY.