Les épargnants plus que jamais séduits par le Livret A et l'assurance vie

TIRELIRE Comment expliquer cette tendance alors que le taux de rémunération du Livret A n’a jamais été aussi bas ?

20 Minutes avec AFP

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Faire des bateaux avec un billet n'est pas une bonne façon d'épargner son argent.
Faire des bateaux avec un billet n'est pas une bonne façon d'épargner son argent. — Pixabay/ Klimkin

Les taux d’intérêt ont beau être au plus bas, les épargnants français ont massivement garni leurs livrets A et leurs comptes d'assurance vie depuis le début d’année, signe du sentiment d’inquiétude qui agite les ménages, estiment les analystes.

« Depuis la fin de l’année 2018, les Français augmentent sensiblement leur effort d’épargne. Le Livret A et l’assurance vie en sont les principaux bénéficiaires », relève Philippe Crevel, le directeur du Cercle de l’épargne, cabinet d’études sur l’épargne et sa réglementation. Sur les quatre premiers mois de l’année, le Livret A a déjà recueilli près de 10 milliards d’euros, contre un peu plus de 8 milliards l’an passé, quand l’assurance vie a enregistré une collecte nette d’un peu plus de 11 milliards, contre 8 milliards en 2018.

Des produits au rendement bas

Désormais, un peu plus de 400 milliards sont placés sur le Livret A et son petit frère, le Livret de développement durable et solidaire (LLDS), et 1.745 milliards sur l’assurance vie. Cette dynamique peut à première vue sembler paradoxale : le rendement moyen de ces deux produits d’épargne est en effet loin de son zénith.

Bien au contraire, le taux de rémunération du Livret A n’a jamais été aussi bas : il est bloqué depuis presque trois ans à 0,75 % et – sauf surprise – ne devrait pas en bouger jusqu’en 2020 au moins. Le rendement des contrats d’assurance vie n’a quant à lui cessé de s’effriter ces dernières années, conséquence du contexte plus global de taux d’intérêt très bas qui complique la tâche de faire fructifier l’argent des clients.

Des annonces qui inquiètent les ménages

Ces deux placements bénéficient « tout à la fois de l’augmentation du pouvoir d’achat en ce début d’année et du refus des ménages à s’engager dans des dépenses importantes », explique Philippe Crevel. Dans le sillage du mouvement des «gilets jaunes», les ménages ont en effet bénéficié depuis le début de l’année de plusieurs coups de pouce : primes exceptionnelles, exonération des heures supplémentaires, avances sur les réductions d’impôt, gel des tarifs bancaires et réduction des frais d’incidents pour les plus fragiles.

En outre, l’inflation a ralenti ces derniers mois par rapport à l’année 2018. Mais « les annonces contradictoires en début d’année sur l’état de la conjoncture ont certainement inquiété les ménages qui restent dubitatifs face à l’amélioration de la situation du marché de l’emploi », poursuit Philippe Crevel. Il juge que « l’amplification de l’effort d’épargne des ménages s’inscrit dans un contexte économique et social jugé comme anxiogène ». Plus particulièrement, « les Français n’intègrent pas dans leurs comportements l’amélioration en cours du marché de l’emploi et l’augmentation des revenus. La crainte d’un retournement économique et d’une augmentation des prélèvements ou de l’inflation les incite à la prudence », ajoute cet analyste.

Prudence face aux placements risqués

Pour Alain Tourdjman, directeur des études et prospectives du groupe BPCE, « le gain de pouvoir d’achat n’a pas été anticipé par les ménages et on se dirige vers un niveau de placement et d’épargne supérieur en 2019 à ce qu’il était en 2018 ». « Les Français vont continuer à afficher pour le reste de l’année un taux de placement élevé. Il y a un scepticisme assez traditionnel vis-à-vis de la France et de notre économie. Il y a aussi des préoccupations de long terme, portant sur la qualité de la retraite, l’allongement de la vie ou encore les études des enfants qui renforcent les comportements d’épargne », explique cet analyste à l’AFP.

De façon plus générale, « qu’il s’agisse du Livret A ou de tout autre support sécurisé, ce type de produit a toujours attiré les Français, qui apprécient la recette alliant la garantie des fonds et les avantages fiscaux appliqués à ces placements », explique à l’AFP Mayeul de Roquemaurel, directeur de marché chez le courtier SPVIE Assurances. À l’inverse, « la peur de la Bourse » – et donc des produits plus risqués – reste forte parmi les épargnants, ajoute Mayeul de Roquemaurel.