Les salariés de la banque Lehman brothers au bord de la crise de nerfs

REPORTAGE Dernière victime de la crise financière, la banque d'affaire new-yorkaise a désespérément besoin d'un repreneur.

Gilles Bouvaist

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La banque d'affaires américaine Lehman Brothers a annoncé lundi avoir été victime d'une monumentale escroquerie de 225 millions d'euros au Japon, perpétrée avec la complicité présumée d'ex-employés de la maison de commerce japonaise Marubeni.
La banque d'affaires américaine Lehman Brothers a annoncé lundi avoir été victime d'une monumentale escroquerie de 225 millions d'euros au Japon, perpétrée avec la complicité présumée d'ex-employés de la maison de commerce japonaise Marubeni. — Hiroko Masuike AFP/GETTY IMAGES/Archives
De notre correspondant à New York

Sur la façade du gratte-ciel à quelques encablures de Times square, un nom défile majestueusement sur un écran géant : Lehmann brothers. l’une des plus vieilles banques d’affaires de Wall street (158 ans). Mais au pied du bâtiment, les visages sont fermés et le pas, pressé. Devant le journaliste qui les guette, les employés hochent la tête négativement, haussent les épaules: «No comment». Un autre lâche sa cigarette et lance un excédé «Fuck off!».

Les salariés de la banque de la new-yorkaise ont de quoi être inquiets. Après des pertes abyssales, Lehman brothers pourrait être la prochaine victime de la crise du crédit américain si elle ne trouve pas de repreneur d’ici dimanche. Après une chute libre de près de 80%, son action ne valait plus que 3,65 dollars, à la clôture de Wall street vendredi. Il y a six mois, elle valait 48,65 dollars.
Appelé à la rescousse, le gouvernement américain, qui a déjà repris cette semaine le contrôle des deux sociétés du refinancement de crédit immobilier Freddie Mac et Fannie Mae, semble cette fois-ci peu disposé à intervenir directement.

Risques de licenciements massifs

Avec plus de 24000 employés autour du monde, la banque connaît des difficultés depuis le début de la crise financière pour s’être trop aventuré sur le marché des crédits hypothécaires à risques (dits «subprime»).
Les salariés, dont une large part (en 10 et 60%) des rémunérations est versé en actions et en stock-options, ont déjà vu fondre leurs économies.

Ils craignent en outre de voir leur employeur connaître le même sort que Bear Sterns, engloutie pour une bouchée de pain par JP Morgan, une autre banque new-yorkaise. Les licenciements qui ont suivi –près de la moitié des 13500 employés de Bear Sterns, par exemple, selon le New York Times– ont laissé sur le carreau de Wall street des milliers de salariés. Le tout dans un secteur où l’ambiance n’est pas vraiment à l’embauche.
«Hey, même moi je pourrais acheter Lehman Brothers!» rigole cruellement un passant en regardant un journaliste interviewer un responsable de la banque sous la pluie battante.