Marseille: Après une vague de suicides… une vague d’emplois supprimés à l’escale Air France

TRANSPORT AÉRIEN Après ce nouveau plan de départs volontaires, concernant au niveau national jusqu’à 465 emplois, le comité social et économique central entend recourir à une expertise économique

Caroline Delabroy

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A l'aéroport de Marseille Provence, à Marignane. (Photo d'illustration)
A l'aéroport de Marseille Provence, à Marignane. (Photo d'illustration) — Bertrand Langlois AFP
  • Les syndicats d’Air France ont été informés du projet de plan de départs volontaires, visant 465 suppressions d’emplois dans les 13 escales en France.
  • A l’unanimité, il a été décidé en comité social et économique central de recourir à une expertise économique.
  • A Marseille, il est question de supprimer 63 postes au sol, sur les 380 de l’effectif actuel. Des chiffres locaux que se refuse de confirmer la direction d’Air France, qui insiste sur le fait qu’aucun départ contraint n’est prévu.

L’été va-t-il être à la grève dans les 13 escales Air France ? A l’unanimité, les syndicats ont décidé de recourir à une expertise économique après l’annonce faite lundi, en conseil social et économique central, d’un plan de départs volontaires visant à supprimer 465 emplois au sein des personnels piste et accueil passagers. Selon un document transmis aux syndicats, les aéroports d’Orly et Marseille Provence sont les plus touchés, avec respectivement 63 emplois supprimés (sur près de 380 concernant Marseille), suivis par la Corse avec 54 postes au sol sur la sellette à Ajaccio, et 50 à Bastia. Air France, de son côté, n’a pas voulu nous confirmer ces chiffres locaux, mais seulement l’objectif global.

« Nous devrions avoir un retour de l’expertise le 4 juin, et l’on n’exclut pas ensuite de partir au combat », lance Serge Bodrero, secrétaire de la section CGT Air France à Marseille. Le syndicat n’est plus représentatif au niveau de l’entreprise mais, assure-t-il, « il est le premier dans le court-courrier, avec 34,4% des voix aux dernières élections professionnelles ».

« Malheureusement l’annonce se fait maintenant, soit on laisse passer l’été et on est mort, soit on se bat tout de suite pour sauver nos emplois et la qualité du service », poursuit Serge Bodrero, conscient de l’impopularité d’un mouvement social en pleine vacances scolaires. « Il est hors de question que les gens perdent leur vie, que les conditions de travail se dégradent encore plus », ajoute-t-il en référence aux dramatiques suicides de trois salariés de l’escale Air France à Marseille.

Le cinquième plan depuis 2010

Pour restaurer la compétitivité d’Air France, la nouvelle direction de la compagnie aérienne a ainsi choisi de trancher dans l’activité court-courrier. Avec ce constat : la dégringolade du réseau français, avec une perte de 189 millions d’euros en 2018 (contre 96 millions d’euros en 2017). La compagnie aérienne pointe le développement rapide des compagnies low cost et la concurrence du TGV dans les villes reliées à Paris en deux ou trois heures. Elle assure que le plan « ne fera l’objet d’aucun départ contraint ».

« Depuis 2010, les 5 plans de départ volontaires successifs ont coûté à l’entreprise 1,4 milliard d’euros », se désole Serge Bodrero, qui conteste la stratégie de la direction : « C’est incohérent ! On nous dit que face à la concurrence low-cost, il faut être agressif, mais pour combattre il faut occuper le terrain et non le leur laisser », argumente-t-il. En pratique, à Marseille, un nouveau plan de 63 équivalents temps plein pourrait se traduire par « 70 à 80 personnes qui quittent l’escale, car on a beaucoup de temps partiel, le personnel est usé psychologiquement », estime Serge Bodrero.

« Il y a les gens qui vont vouloir partir, mais ceux qui restent, dans quelles conditions, s’inquiète aussi le syndicaliste. Les gens sont proches du burn-out. Quelqu’un qui a 40 ans, quel avenir il en province ? Air France avant faisait rêver. Maintenant, tout le monde pense à la retraite pour ne plus vivre cette pression. »

Contactée, la direction régionale d’Air France n’a pas souhaité répondre à nos questions. Selon les informations dont disposent les syndicats, la compagnie envisage l’ouverture du plan de départs volontaires à partir du 31 octobre prochain. D’ores-et-déjà, Air France planifie à l’horizon de l’été 2021 une baisse d’activité de 15% sur son réseau intérieur.