Cannes: Un milliard de dollars investi, la cure de jouvence des hôtels de la cité des festivals

ENORMES CHANTIERS Vieillissante, l’hôtellerie cannoise a bénéficié de travaux à tous les étages depuis une décennie

20 Minutes avec AFP

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L'hôtel Martinez, en avril 2019, à Cannes
L'hôtel Martinez, en avril 2019, à Cannes — AFP
  • En dix ans, de nombreux hôtels cannois, dont les plus prestigieux, ont investi près d’un milliard d’euros pour leur rénovation.
  • L’hôtellerie est le premier employeur privé de Cannes avec 2.750 emplois directs.
  • « Ces travaux sont une très bonne affaire pour ces hôtels qui sont des pompes à cash », observe un syndicaliste.

Près d’un milliard de dollars ont été investis selon la profession, et les établissements quatre ou cinq étoiles qui chouchoutent les stars pendant le festival du film auront bientôt tous fait peau neuve. Vieillissante, l’hôtellerie cannoise a inversé la tendance en dix ans.

Emblématique de ce coup de jeune, le Carlton, avec sa façade Belle Epoque, a encore plusieurs années de travaux de rénovation et d’extension devant lui. Propriété qatarie depuis 2014, la facture pourrait grimper jusqu’à 300 millions d’euros, selon Michel Chevillon, président du Syndicat des hôteliers de Cannes (133 établissements).

Le responsable fait le compte : le Radisson Blu a rouvert après travaux en 2009, le Mariott la même année, le Majestic (groupe Barrière) en 2010, le Grand Hôtel (famille Veyrac) en 2013, le Gray d’Albion (Barrière) en 2017, le Martinez (Hyatt) en 2018 et le Croisette Beach (Accor) en 2019.

L’hôtellerie, premier employeur privé de Cannes

Ces hôtels de luxe ont tous été rénovés, restructurés, agrandis : « Si on ajoute la petite hôtellerie indépendante qui investit tout au long de l’année et qui représente la moitié des 5.500 chambres, on n’est pas loin du milliard d’euros sur la décennie », assure Michel Chevillon. « Pour une petite ville de 70.000 habitants, c’est rare ! ». Mais nécessaire, car l’hôtellerie est le premier employeur privé de Cannes : 2.750 emplois directs.

« On s’était un peu endormi. Il n’y avait pas une baisse de fréquentation mais une baisse de la satisfaction de la clientèle. Et puis sont arrivées des chaînes internationales. Pour être sûrs de garder nos parts de marché, il fallait nous mettre au goût du jour », dit-il.

Le Martinez, le plus gros hôtel de Cannes avec 409 chambres, a rouvert il y a un an « après un chantier colossal et inédit à 150 millions d’euros », selon sa direction. Le Majestic s’est doté d’une nouvelle aile et a embauché 40 personnes supplémentaires.

« Ces hôtels sont des pompes à cash »

« Ces travaux, c’est une très bonne affaire pour ces hôtels qui sont des pompes à cash », observe Ange Romiti, responsable CGT. En se rénovant, le Majestic est passé de 45 à 82 millions de chiffre d’affaires entre 2010 et 2018. « Il faut voir cela plus largement : ça a coûté beaucoup d’argent aux contribuables, pour embellir la Croisette, les rues adjacentes et tous ces propriétaires d’hôtels en bénéficient », ajoute le syndicaliste.

Selon lui, cela profite moins aux salariés, avec une pression généralisée pour augmenter la rentabilité à coups de contrats courts, de saisonniers et d’extras : « La réglementation n’est pas respectée », affirme-t-il. En 2016, en plein Festival de Cannes, la CGT avait organisé une manifestation, vite écourtée par la police.

La mairie, elle, parle de « cercle vertueux » à propos des dépenses d’embellissement. Elle prévoit d’ajouter une salle de projection au Palais des Festivals d’ici 2024 et étoffe sans cesse davantage le calendrier événementiel pour attirer davantage de visiteurs.

« Maintenant on est en concurrence avec cent destinations et avec Internet, le client a pris le pouvoir ! », s’exclame Michel Chevillon. Il faut des couleurs et des matériaux tendance, la technologie dernier cri, sinon « au bout de cinq ans, ce n’est plus à la mode ».