VIDEO. Impôt sur le revenu: «Baisser les taux des deux premières tranches profitera à tous les contribuables, même les plus aisés»

INTERVIEW La baisse des impôts, annoncée par le ministre Gérald Darmanin, pourrait bénéficier à l’ensemble des contribuables, y compris aux plus aisés, estime Jacques Le Cacheux, professeur d’économie à l’université de Pau

Propos recueillis par Helene Sergent

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Ce mercredi, Gérald Darmanin a annoncé une
Ce mercredi, Gérald Darmanin a annoncé une — Jacques Witt/SIPA
  • Près de 95 % des contribuables assujettis à l’impôt sur le revenu bénéficieront d’une baisse d’impôt l’an prochain a annoncé ce mercredi matin le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin.
  • Cela pourrait représenter une baisse de « 300 euros en moyenne par foyer et par an » selon le ministre qui a assuré que ce mécanisme bénéficiera essentiellement aux « classes moyennes ».

Trois cents euros d’impôt en moins par foyer et par an en moyenne dès 2020. C’est le montant de la baisse annoncé ce mercredi matin dans les colonnes du journal Le Parisien par le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin. « La quasi-totalité des gens qui payent l’impôt sur le revenu - qu’ils soient ouvriers, salariés, cadres – seront concernés » par la baisse de cinq milliards d'euros de l'impôt sur le revenu annoncée par le président de la République, a précisé le ministre dans cette interview.

Un chiffre important qui interroge toutefois. Si l’exécutif assure vouloir concentrer cette baisse sur les classes moyennes – particulièrement représentées dans le mouvement des «gilets jaunes» – cette baisse pourrait aussi bénéficier aux contribuables les plus aisés analyse Jacques Le Cacheux, professeur d’économie à l’université de Pau et chercheur à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).

Le ministre a annoncé ce matin une baisse d’impôts qui ne devrait concerner que les classes moyennes l’an prochain, et non la tranche des plus aisés. Est-ce possible et comment ?

Cela passera essentiellement sur la baisse des taux des deux premières tranches à 14 % et 30 %. Le gouvernement s’apprête à baisser la première à 10 % et la seconde à 25 %. Ce mécanisme favorise principalement les gens dont les revenus sont situés dans ces tranches-là, c’est-à-dire ceux situés entre 9.964 et 73.779 euros net imposables. Mais comment le gouvernement pourra exclure les 5 % des contribuables les plus aisés de ce mécanisme de baisse ? C’est compliqué. Une solution simple consisterait à relever un peu le taux de la tranche supérieure. Car par nature, si on abaisse les taux des deux premières tranches, cela profitera à l’ensemble des contribuables.

Gérald Darmanin souligne également que l’exécutif souhaite baisser l’impôt de « ceux qui travaillent ». Comment analysez-vous cette déclaration ?

C’est choquant. Cela sous-entend que les ménages non imposables ne travaillent pas, ce qui est certainement faux. D’une part, tous ceux qui ont un revenu payent la CSG, la TVA etc, donc sont soumis à l’impôt. Et d’autre part, parmi les Français qui ne sont pas imposables – soit la moitié des foyers fiscaux - beaucoup ont des petits revenus et travaillent. Un ménage dans lequel deux membres payés au SMIC avec 2 enfants ne sont probablement pas imposables à l’impôt sur le revenu, pourtant ce sont des gens qui travaillent. C’est une formule maladroite.

La baisse des impôts pour « 95 % des contribuables » peut-elle avoir un effet sur la croissance ?

Elle peut soutenir le pouvoir d’achat. On a vu que les mesures annoncées en faveur du pouvoir d’achat avec la prime d’activité ou la suppression de la hausse CSG, soutenaient l’activité économique. Cette année, le gouvernement annonce 5 milliards de baisse. Il faut aussi prendre en compte la baisse de la taxe d’habitation, ce qui nous amènerait à 7 ou 10 milliards d’euros de pouvoir d’achat supplémentaire pour les ménages. Ça devrait soutenir l’activité, pas dans des proportions délirantes, mais on pourrait tabler sur 0,3 ou 0,4 % de taux de croissance en plus. Reste toutefois la question du financement, là-dessus on dispose de peu de détails. Le ministre évoque la délocalisation des fonctionnaires en province, ce n’est pas absurde. Si par chance les taux d’intérêt sur la dette publique restent cette année encore très bas, l’Etat pourra compter sur ces économies.