Démarchage téléphonique: Pourquoi la plate-forme Bloctel peine à s'imposer?

ARGENT Lancé en 2016, Bloctel devait être l’arme ultime contre le démarchage téléphonique. Mais alors que 3,8 millions de Français se sont inscrits, plus de 200.000 d’entre eux se sont plaints du non-respect de cette liste rouge

Julie Polizzi pour 20 Minutes

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Bien que la liste rouge Bloctel limite le démarchage téléphonique, elle n'est pas encore suffisamment efficace.
Bien que la liste rouge Bloctel limite le démarchage téléphonique, elle n'est pas encore suffisamment efficace. — IStock / City Presse

Au quotidien, le démarchage téléphonique peut empoisonner la vie de millions de particuliers. Pour assurer la tranquillité des citoyens, l’État a donc créé une liste rouge contraignante en 2016 :  Bloctel.

Un succès au départ 

Lancée par la loi Hamon du 17 mars 2014, cette mesure visait à prendre le relais de la liste d’opposition initiée par l’association Pacitel quelques années auparavant, et qui s’était révélée inefficace puisqu’elle ne reposait que sur la bonne volonté des professionnels. Avec Bloctel, le gouvernement avait décidé de montrer les muscles en imposant aux sociétés de démarchage d’actualiser régulièrement leurs fichiers de diffusion, afin d’effacer les numéros des personnes inscrites sur cette liste rouge, au risque d’encourir 75.000 euros d’amende. Six mois après le lancement, 2,7 millions de personnes s’étaient déjà enregistrées pour protéger plus de 6 millions de coordonnées téléphoniques.

Le dispositif remis en cause

Alors que les débuts de Bloctel semblaient prometteurs, les choses se sont ensuite gâtées. En 2017, une étude d'UFC-Que Choisir avait jeté un pavé dans la mare en révélant que, sur 12.000 personnes interrogées, 82 % estimaient que les démarchages n’avaient pas ou peu baissé. Et tandis que 3,8 millions de Français sont aujourd’hui inscrits sur cette liste d’opposition, plus de 200.000 ont déposé une réclamation pour se plaindre d’appels commerciaux persistants, voire d’une recrudescence du démarchage.

Si plus de 600 entreprises abonnées respectent la législation en laissant en paix les particuliers inscrits sur Bloctel, des dizaines de milliers d’autres continueraient en effet leur travail de harcèlement. Bien décidés à mettre le secteur au pas, les députés ont donc adopté, en juin 2018, une proposition de loi visant à durcir les sanctions à l’encontre des professionnels (les amendes pourraient atteindre 375.000 euros) et à contrôler régulièrement l’efficacité de cette liste rouge. Pour l’heure, le texte, adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, puis étudié par les sénateurs, est toujours dans les rouages parlementaires.