Affaire Carlos Ghosn: Les actionnaires de Nissan révoquent l'ancien patron après vingt ans de règne

AUTOMOBILE L’AG se déroule quelques jours après une nouvelle interpellation de l’ex-PDG de Renault-Nissan, qui se trouve donc réduit au silence alors qu’il avait annoncé une conférence de presse pour le 11 avril

20 Minutes avec AFP

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L'entrée de l'hôtel où se tient l'assemblée générale extraordinaire des actionnaires de Nissan à Tokyo, le 8 avril 2019.
L'entrée de l'hôtel où se tient l'assemblée générale extraordinaire des actionnaires de Nissan à Tokyo, le 8 avril 2019. — Kenichi Matsuda/AP/SIPA

Les actionnaires de Nissan, réunis lundi à Tokyo, ont voté la révocation du mandat d’administrateur de Carlos Ghosn, coupant ainsi tout lien avec celui qui a sauvé et dirigé le groupe pendant près de deux décennies et se trouve aujourd’hui en prison.

L’assemblée générale a par ailleurs entériné l’élection comme membre du conseil d’administration du président de Renault, Jean-Dominique Senard, qui s’est dit « très honoré ».

 

Longue courbette d’excuses

Cette assemblée générale extraordinaire s’était ouverte lundi matin par les « regrets » du patron exécutif, Hiroto Saikawa, et une longue courbette d’excuses de l’ensemble de l’équipe, selon la tradition japonaise. « Il s’est passé quatre mois depuis l’événement de novembre, Nissan est à un moment critique (…) pour tirer un trait » sur cet épisode « et franchir une nouvelle étape dans la réforme de gouvernance », a-t-il lancé devant plusieurs milliers de participants.

Cet ancien fidèle de Carlos Ghosn a redit son « choc » quand il a pris connaissance des résultats de l’enquête interne de Nissan, qui a mis au jour les malversations présumées. Critiqué pour ne pas avoir su stopper de tels agissements commis sur plusieurs années, Hiroto Saikawa a reconnu « de sérieux problèmes » de gouvernance et a promis de passer la main une fois qu’il aurait « remis la compagnie sur la voie de la croissance ».

Sa vidéo « désignant les responsables » diffusée mardi ?

Avant le début de la réunion, des actionnaires avaient exprimé leurs inquiétudes. « Si Nissan ne peut pas rebâtir sa gouvernance, il n’y aura pas de renaissance », a estimé l’un d’entre eux, Isamu Beppu, 77 ans. Un autre a salué le rôle de Carlos Ghosn dans le redressement de Nissan, au bord de la faillite quand il est arrivé en 1999. « Cependant, quand la compagnie a renoué avec la stabilité, tout le monde a commencé à voir que quelque chose ne tournait pas rond. Il est devenu arrogant », a jugé Yasuo Kobayashi, 76 ans, ancien employé du groupe.

L’AG se déroule quelques jours après une nouvelle interpellation de l’ex-PDG de Renault-Nissan, qui se trouve donc réduit au silence alors qu’il avait annoncé une conférence de presse pour le 11 avril. Avant d’être renvoyé dans la prison du quartier de Kosuge (nord de Tokyo) où il avait déjà passé plus de 100 jours, Carlos Ghosn n’a pas épargné Nissan, qui le voue désormais aux gémonies, le présentant comme un dictateur qui ne souffrait aucune objection.

Il s’est redit victime d’un « complot » orchestré par des dirigeants du groupe nippon qui voulaient, selon lui, empêcher un projet d’intégration plus poussée avec Renault. Une vidéo « désignant les responsables de ce qui lui est arrivé », selon son épouse, Carole Ghosn, sera diffusée mardi. « L’autre partie (de l’explication), c’est la détérioration de la performance de Nissan depuis deux ans », a souligné le magnat déchu de 65 ans lors d’un entretien accordé la semaine dernière à une télévision française. « Je suis très préoccupé par la performance et l’avenir de Nissan », insiste-t-il.