A quoi ressemble le métier de trader? On a testé pour vous

REPORTAGE On a essayé de ne pas provoquer un krach

Nicolas Raffin

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Il n'y a pas un petit écran pour regarder le match de ce soir ?
Il n'y a pas un petit écran pour regarder le match de ce soir ? — Thibault Camus/AP/SIPA
  • 20 Minutes a passé quelques heures en immersion dans une salle des marchés à la Défense.
  • L’événement visait à « démystifier » le métier de trader aux yeux du grand public et combattre les préjugés.
  • Les organisateurs assurent que l’activité est beaucoup plus encadrée qu’en 2008, lors de l’éclatement de la crise financière.

 

Le journalisme est un métier sympa, mais n’est pas celui qui paye le plus. Alors, quand on a reçu une invitation pour « s’immiscer quelques heures dans la peau d’un trader » à la Défense, le quartier d’affaires de Paris, on a flairé le bon filon. Et si c’était le bon moment pour se transformer en Loup de Wall Street, comme Di Caprio ?

Officiellement, l’événement organisé par la Financia Business School vise à « démystifier le métier de trader auprès du grand public ». L’école, qui forme des futurs spécialistes de la finance, explique vouloir combattre les préjugés associés à la profession. Soit, mais ça ne devrait pas nous empêcher de faire fortune… Direction donc la salle des marchés Krechendo, située dans l’arche de la Défense, pour une immersion de quelques heures au cœur des flux boursiers.

« Le loup de Wall Street, ce n’est pas un film de trading ! »

Arrivé dans cet open space rempli d’ordinateurs, première déception : il n’y a pas de champagne à volonté ni de billets de 500 euros qui volent dans tous les sens. L’ambiance est très studieuse. Mais où sont passés les courtiers qui hurlent au téléphone ? Alfonso Lopez de Castro, président de l’école et lui-même ancien trader, se charge de nous ramener sur terre. « A l’époque où je faisais ce métier, ça faisait rêver tout le monde, et j’ai rarement autant fait la fête, concède-t-il en souriant. Aujourd’hui, ça n’a plus rien à voir, la tendance show-off est perçue comme vulgaire et un peu malvenue. Et puis le travail en lui-même est devenu beaucoup plus méthodique ».

« Le Loup de Wall Street, ce n’est pas un film de trading, assène Tarek Elmarhri, fondateur de Krechendo Trading. Le mec [Jordan Belfort, incarné par Di Caprio], il ne passe pas un seul ordre en bourse ! » Par définition, le trader est en effet une personne qui vend ou qui achète des produits financiers (actions, obligations, devises), dans le but de faire un profit pour lui-même ou pour l’établissement qui l’emploie. « Le trading, c’est une activité comme une autre, poursuit Tarek Elmarhi. Il y a des connaissances à maîtriser, comme les règles et les outils ».

« Il faut savoir limiter ses risques »

Fini l’explication théorique, place à la pratique : chaque journaliste se met en binôme avec un élève de l’école. Les équipes ont deux heures pour réaliser le plus de gains possible. L’outil pour « trader » est plutôt simple : un graphique sur un écran, un « carnet » sur l’autre, qui permet de visualiser en temps réel les acheteurs et les vendeurs. Top départ ! Avec Céline*, notre binôme, nous partons spéculer sur le taux de change euro-dollar. Le principe est simple, en apparence : acheter au plus bas et revendre au plus haut. Pas facile : le prix ne cesse de fluctuer et les ordres d’achat et de vente crépitent sur l’ordinateur. Céline passe ses premiers ordres d’achat et de vente : notre bénéfice apparaît instantanément en vert, comme une incitation à miser encore plus.

La ruée vers l'euro/dollar.
La ruée vers l'euro/dollar. - Nicolas Raffin/20 Minutes

Alors qu’on s’imagine déjà décrocher le jackpot, Alfonso Lopez de Castro endosse le costume du vieux sage. « Il faut prendre conscience que cet argent ne vient pas de nulle part, explique-t-il. On a une responsabilité, il faut savoir limiter ses risques. Le pire, pour un trader débutant, c’est de gagner beaucoup d’argent tout de suite et de s’imaginer qu’il a trouvé la formule magique ».

« Pour être un bon trader, il faut avoir le maximum d’informations en tête, renchérit Aude, une autre élève de l’école. Les indicateurs économiques bien sûr, mais aussi tout ce qui se passe dans l’actualité, ce que font tes concurrents. Il faut être à jour en permanence et se remettre souvent en question. Quand tu es bon, ce n’est pas de la chance ».

Le trader et le boulanger

A en croire les différents intervenants, le trading serait donc un métier comme un autre. « Les spéculateurs apportent de la liquidité [c’est-à-dire la possibilité de réaliser rapidement des transactions], avance Tarek Elmarhri. Il faut laisser le marché se réguler. » Tous affirment que depuis la crise financière de 2008, le secteur est beaucoup plus encadré et contrôlé, même si « on ne pourra jamais placer un contrôleur derrière chaque opérateur » reconnaît Alfonso Lopez de Castro.

Après deux heures passées à trader, le couperet tombe. Avec Céline, notre bilan est plutôt bon : nous avons gagné 600 euros grâce à notre spéculation sur l’euro/dollar. Ah oui, on ne vous a pas dit, mais il s’agissait d’argent virtuel, calculé sur un simulateur. Heureusement, car à côté de nous, un autre tandem accuse une perte de… 5.000 euros. Difficile de faire passer ça en note de frais. « On n’est pas là pour faire l’apologie de la spéculation, conclut Tarek Elmarhri. En même temps, aucun boulanger ne va dire à ses clients de ne pas acheter ses croissants… »

*A la demande des élèves, les prénoms ont été changés.