Quand et comment les Français partent-ils réellement à la retraite?

ETUDE Environ 80 % partent avec une retraite à taux plein

Nicolas Raffin

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Des retraités se prennent en photo sur la plage de Les Moutiers-En-Retz, en Loire-Atlantique.
Des retraités se prennent en photo sur la plage de Les Moutiers-En-Retz, en Loire-Atlantique. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • La réforme des retraites doit voir le jour fin 2019.
  • L’exécutif a remis sur la table l’âge de départ à la retraite.
  • Une étude montre que le taux plein est l’une des principales variables du départ en retraite.

En plein débat sur la réforme des retraites, une étude parue il y a quelques jours devrait être scrutée attentivement par l’exécutif. Alors que le gouvernement tentait d’éteindre le début d’incendie provoqué par les déclarations d’Agnès Buzyn, le conseil d’orientations des retraites (COR) a publié une note qui analyse les « comportements de départ à la retraite ».

Pour les experts du COR, « la plupart des assurés (…) se conforment à une norme sociale : partir au taux plein. Environ huit retraités sur dix partent dans ces conditions ». Le taux plein correspond à l’âge auquel le travailleur a validé tous ses trimestres de cotisations. Par exemple, une personne née en 1958 devait travailler 167 trimestres (41 ans et 9 mois) pour avoir 100 % de sa retraite. Une personne née après 1973 devra quant à elle travailler 172 trimestres (43 ans) pour bénéficier du taux plein.

Un relèvement de l’âge nécessaire pour partir avec une retraite à taux plein aurait donc un effet certain sur le comportement des futurs retraités. C’est notamment le but de « l’âge-pivot », l’une des pistes explorées par le gouvernement. Concrètement, il consiste à fixer un âge en deçà duquel les retraités subiraient une décote de leur pension, quand bien même ils auraient tous leurs trimestres. Par exemple, si l’âge pivot est fixé à 63 ans, un retraité qui décide de partir à 62 ans (âge légal) en ayant tous ses trimestres n’aura que 90 % de sa retraite. Un tel système est déjà en place dans le système Agirc-Arrco (retraite complémentaire du privé).

Partir, mais pas trop tôt

Problème réglé ? Pas forcément. Déjà parce qu’Emmanuel Macron veut passer à une retraite par points pour tout le monde. Dans ce cadre, la notion de trimestres disparaît, remplacée par le nombre de points cumulés au cours de la carrière. En théorie, rien n’empêcherait alors un salarié (ou un fonctionnaire, ou un entrepreneur) de partir quand bon lui semble, suivant sa volonté de bénéficier d’une longue retraite… ou d’une pension plus considérable.

Mais pour le COR, cela poserait plusieurs soucis. Si certains assurés partaient très tôt à la retraite, cela entraînerait un « risque de précarité » quand la personne atteindrait un âge élevé, et une charge financière supplémentaire pour la collectivité « qui risque [rait] de devoir financer des aides sociales pour compléter ces faibles pensions ». L’étude considère donc que « la fixation d’un âge minimal de départ à la retraite peut faire sens ».

L’autre aspect à prendre en compte concerne l’âge de départ « souhaité » par les retraités. Selon le COR, « en moyenne, les retraités partis entre 2015 et 2016 auraient souhaité partir 1,2 an avant leur départ effectif [autour de 62 ans aujourd’hui] ». Un quart des retraités a même travaillé deux ans de plus que ce qu’ils voulaient. Relever l’âge de départ à la retraite (par une augmentation de l’âge légal, ou par un âge pivot), ne serait donc pas sans conséquence sur la motivation des travailleurs les plus âgés.

Le problème de l’emploi

Reste un dernier problème : le taux d’emploi des seniors. En France, il est plutôt faible, et le relèvement de l’âge de départ (de 60 à 62 ans) n’a pas bouleversé les choses. En effet, comme le relevait un rapport de France Stratégie l’année dernière, « les effets de substitution (vers le chômage, la maladie et l’inactivité) s’avèrent (…) significatifs, ce qui atténue l’efficacité globale de ce type de mesure ».

Autrement dit, de nombreux travailleurs âgés attendent leur retraite plus longtemps qu’auparavant, alors qu’ils ne sont plus en emploi. France Stratégie préconise donc de revoir la place accordée aux seniors dans le monde du travail, eux qui sont souvent victimes de discrimination à l’embauche.