Brexit: 1.000 jours après le vote historique, le feuilleton n’est toujours pas fini et fatigue les Européens

UNION EUROPENNE Le sujet devrait être abordé par les 27 Etats membres ce jeudi

Nicolas Raffin
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Des partisans du Brexit manifestent à Londres, le 20 mars 2019.
Des partisans du Brexit manifestent à Londres, le 20 mars 2019. — Dinendra Haria/LNP/REX/Shutterstock/SIPA
  • La date du Brexit est toujours prévue pour le 29 mars.
  • Theresa May plaide pour un report jusqu’à fin juin, mais la Commission européenne s’y oppose.
  • La perspective d’un « No Deal » est toujours probable.

Le Brexit est une véritable mine d’or pour les humoristes. Les débats sans fin au sein du Royaume-Uni ont inspiré ce rap de Theresa May, ou encore ce cours de yoga beaucoup trop réaliste. Même la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a fait une blague sur son chat nommé « Brexit » (qui en fait n’existe pas). Malgré cette créativité artistique, la réalité ne fait plus rire grand monde, 1.000 jours après le vote historique des Britanniques pour quitter l’UE.

Illustration avec le Conseil européen (l’instance réunissant les dirigeants de l’UE) qui démarre ce jeudi. « Normalement, le sujet du Brexit n’était pas à l’ordre du jour. L’objectif, c’est qu’il n’occupe pas tout le temps des leaders européens », indique un proche d’Emmanuel Macron. Au vu des derniers développements, son pronostic est mal engagé. Theresa May a sollicité ce mercredi un report du Brexit au 30 juin et la Commission européenne a aussitôt répliqué, dénonçant un « grave risque juridique et politique ».

Le spectre du No Deal

« Il y a des contraintes institutionnelles, décrypte un fonctionnaire européen. Si un report était accordé au-delà du 23 mai [date des élections européennes], il faudrait organiser des élections au Royaume-Uni. » Un tel scénario a été jugé « inacceptable » par Theresa May, car il contribuerait à maintenir un lien étroit avec l’Union Européenne. En attendant, le scénario par défaut demeure celui d’un divorce brutal (« hard Brexit ») entre Londres et l’UE, le 29 mars, sans accord entre les deux parties et donc sans période de transition.

« Je ne crois pas vraiment à l’hypothèse d’un No Deal, s’avance Olivier Marty, enseignant en questions européennes à Sciences Po. Cela impliquerait des coûts économiques et politiques des deux côtés. Les Pays-Bas, par exemple, sont très liés économiquement au Royaume-Uni, et les mesures de préparation à une séparation brutale ne semblent pas suffisamment avancées. Ensuite, si nous avons un "hard Brexit", cela voudrait dire que l’UE est incapable de gérer ce qu’elle avait pourtant prévu dans ses traités ».

Un feuilleton qui fatigue

Le grand feuilleton du Brexit commence en tout cas à fatiguer sérieusement au sein de l’UE. « Il y a une lassitude dans l’équipe des négociateurs européens, affirme Sabine Saurugger, chercheuse à l’IEP de Grenoble. L’UE continue à fonctionner malgré ce débat, mais le Brexit empêche les autres sujets d’être plus visibles ».

« L’échéance est connue, l’horloge tourne, s’agace l’entourage d’Emmanuel Macron. On est au moment où le Brexit doit se matérialiser ». Pas tout à fait en réalité : interviewé par une radio allemande mercredi matin, le président de la Commission Jean-Claude Juncker a affirmé que « nous [les 27 pays de l’UE] devrons probablement nous voir de nouveau la semaine prochaine, parce que Theresa May n’a d’accord sur rien au sein de son conseil des ministres et au parlement ».

« C’est tout sauf clair, les positions changent d’heure en heure » soupire un fonctionnaire européen. L’incertitude a même fini par agacer les tabloïds britanniques. « Mille jours d’incompétence, de trahisons et d’humiliation nationale », tempête le Daily Mail dans son éditorial de mercredi. « Près de trois ans après notre vote historique au Brexit, nous sommes proches de l’humiliation mondiale », juge The Sun. Mais où est passé le légendaire flegme britannique ?