Les «gilets jaunes» ont-ils détruit autant d'emplois que l'affirme Gérald Darmanin?

FAKE OFF Selon le ministre de l’Action et des Comptes publics, les « gilets jaunes » ont plus « détruit de richesses et d’emplois que les dix dernières années »

Alexis Orsini

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Un « gilet jaune » à Paris, le 16 mars 2019.
Un « gilet jaune » à Paris, le 16 mars 2019. — MARIN DRIGUEZ/SIPA
  • Mardi 19 mars, Gérald Darmanin a affirmé que les « gilets jaunes » ont plus « détruit de richesses et d’emplois que les dix dernières années ».
  • Le ministre de l'Action et des Comptes publics a également fustigé l'impact du mouvement sur la croissance économique de la France.
  • Si la mobilisation sociale a bien eu un effet sur la croissance, un tel impact sur l'emploi paraît difficilement chiffrable au vu des données disponibles actuellement.

Depuis ses débuts, en novembre dernier, le mouvement des « gilets jaunes » a-t-il eu un impact négatif particulièrement important sur la croissance française ?

Cela ne fait aucun doute, à en croire Gérald Darmanin, qui a fustigé, lors de son passage sur LCI le 19 mars, les conséquences économiques de cette mobilisation sociale : « On dit que [l’impact des gilets jaunes est] autour de 0,2 point de croissance, c’est-à-dire à peu près 4 milliards d’euros ».

Le ministre de l’Action et des Comptes publics développait ensuite : « Le mouvement des "gilets jaunes" a détruit plus d’emplois et plus de richesses que la plupart de ce que nous avons connu ces dix dernières années, des manifestations, des contestations, des crises économiques… […] [Les "gilets jaunes"] ont plus détruit de richesses et d’emplois que les dix dernières années. […] [Il y a eu] plusieurs dizaines de milliers d’emplois qui n’ont pas trouvé manifestement la création qui aurait dû être la leur vu la croissance économique que nous aurions dû avoir. »

Or, si les différentes estimations réalisées autour de l’impact statistique des « gilets jaunes » sur la croissance française correspondent bien aux chiffres évoqués par Gérald Darmanin, l’origine des données qu’il avance sur la destruction d’emplois est plus floue : contacté par 20 Minutes, le cabinet du ministre n’avait pas répondu à nos sollicitations sur cette question avant la parution de l’article.

FAKE OFF

L’Institut national de la Statistique et des études économiques (Insee), qui vient de publier une note de conjoncture relative au rythme de croissance de la France, confirme à 20 Minutes : « Le mouvement des “gilets jaunes” a entraîné une baisse d’environ 0,1 point de croissance du PIB au quatrième trimestre 2018 ». Ce qui équivaut donc à environ 2,5 milliards d’euros plutôt qu’aux plus de 4 milliards évoqués par Gérald Darmanin, qui correspondraient pour leur part à une baisse de 0,2 point – un chiffre avancé mi-décembre auprès des Echos par le gouverneur de la Banque de France.

« La consommation a bien calé au quatrième trimestre mais c’est notamment dû au fait que la météo était plus douce et qu’il y a donc eu moins de consommation d’énergie. Le secteur automobile a quant à lui connu un changement de norme anti-pollution au 1er septembre, donc il y a sans doute eu une attente des ménages de revalorisation de la prime à la conversion, en janvier 2019 », poursuit l’Insee.

« Personne ne sait ce qui se serait passé sans le mouvement des “gilets jaunes” »

L’Institut national de la statistique et des études économiques nuance en outre : « Nous regardons les données de consommation des ménages, qui sont assorties de beaucoup d’incertitudes : personne ne sait comment les ménages auraient consommé s’il n’y avait pas eu le mouvement des “gilets jaunes”. »

« Nous n’avons pas réalisé d’étude sur tout ce que les précédents mouvements sociaux ont occasionné sur l’emploi, et nous n’avons pas d’éléments sur l’impact des "gilets jaunes" sur ce domaine spécifique. Objectivement, personne ne connaît la situation contrefactuelle – ce qui se serait passé sans le mouvement des « gilets jaunes » – donc c’est assez compliqué à évaluer », conclut l’Insee.

Début janvier, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, avait avancé le chiffre de 58.000 personnes au chômage partiel en raison du mouvement social. Le réseau Chambre de commerce et d’industrie (CCI), qui avait indiqué au JDD en février que « les remontées en terrain en termes de chômage partiel ou de faillites ne sont pas criantes », en soulignant d’importantes différences régionales (La Réunion étant par exemple particulièrement concernée), précise à 20 Minutes : « En l’état actuel des choses, nous n’avons pas de données consolidées du côté des CCI. Cela va prendre du temps et pour l’instant nous n’avons que des éclairages géographiques partiels de la situation. »

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