Manifestation du 19 mars: Le flou sur les retraites laisse les syndicats perplexes

AVENIR La réforme doit être votée en fin d’année

Nicolas Raffin

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Manifestation des retraités à Paris, le 15 mars 2018.
Manifestation des retraités à Paris, le 15 mars 2018. — SEVGI/SIPA
  • Plusieurs syndicats manifestent aujourd’hui pour « amplifier le mouvement social ».
  • L’avenir des retraites préoccupe les manifestants.
  • Le gouvernement a envoyé des signaux contradictoires ces derniers jours sur le sujet.

Entre les manifestations des « gilets jaunes » et les conclusions attendues du grand débat national, les syndicats veulent se faire entendre. Ce mardi, FO et et la CGT seront dans la rue, en compagnie de Solidaires, la FSU, l’Unef et l’UNL, pour une journée de grève interprofessionnelle. Le mot d’ordre, «  amplifier le mouvement social » est large, et les revendications sont nombreuses : augmentation du SMIC, égalité des salaires entre les femmes et les hommes mais aussi défense des retraites.

Sur ce dernier point, les dernières sorties gouvernementales ont un peu dérouté le monde syndical. Dimanche, c’est Agnès Buzyn qui s’est avancée sur la future réforme des retraites. La ministre de la Santé a expliqué qu’à « titre personnel », elle estimait « qu’un jour, nous serons obligés de travailler plus longtemps, sinon notre système de retraite ne pourra pas tenir ».

Le subtil âge-pivot

« Les masquent tombent » a réagi Yves Veyrier, numéro 1 de FO, dans un tweet publié dans la foulée. Il faut dire que jusqu’à présent, l’exécutif avançait prudemment sur le dossier. Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire en charge de la question, a souvent répété qu’il n’était pas question de toucher à l’âge légal de départ à la retraite – 62 ans pour l’instant – conformément à l’engagement pris par Emmanuel Macron. Ce lundi, il s’est même dit «  très surpris » des propos tenus par la ministre.

Pour autant, cela ne veut pas dire que le gouvernement ne réfléchit pas à un aménagement du système actuel. A la fin de l’année dernière, Les Echos affirmaient que l’idée d’un « âge pivot » était étudiée. De quoi s’agit-il ? Concrètement, cela consiste à fixer un âge de départ en dessous duquel le futur retraité subit une décote de sa pension. Par exemple, dans le cas où l’âge-pivot serait fixé à 63 ans, les personnes faisant valoir leur droit à la retraite à 62 ans n’auraient droit qu’à 90 % de leur pension. Un système subtil, qui permet de ne pas toucher à l’âge officiel de départ… Tout en créant une incitation financière pour décaler sa retraite.

Réindexer, qui et quand ?

Les syndicats ont aussi été estomaqués par la proposition d’Edouard Philippe la semaine dernière. Le Premier ministre s’est montré ouvert à l’idée d’indexer les petites pensions de retraite sur l’inflation. Une position à l’opposé de celle qu’il défendait il y a quelques mois, lorsque le gouvernement avait décidé de revaloriser les pensions de seulement 0,3 % en 2019, alors que l’inflation était largement supérieure (environ 1,6%).

Au-delà de ce retournement spectaculaire, les syndicats de retraités sont aussi préoccupés par les possibles conséquences d’une telle décision. Pour Pascal Santoni, de l’UCR-CGT, une réindexation différenciée entre les « petites » retraites et les autres serait « largement insuffisante ». Elle serait aussi « incohérente et assez dangereuse », car « elle tendrait à diviser une fois de plus les retraités », après la baisse du taux de CSG concédée en fin d’année. En effet, l'exécutif avait décidé l'année dernière d'exonérer une partie des retraités de la hausse de la CSG. Si les retraites n'étaient plus indexées de la même manière sur l'inflation, certaines progresseraient plus vite que d'autres. 

« Une telle distinction serait redoutable », abonde Didier Hotte (UCR-FO), car la retraite n’est « pas une allocation sociale, mais un droit », en tant que reflet d’une carrière et des cotisations versées.

Pour connaître les orientations définitives du gouvernement sur la réforme des retraites, il faudra attendre la fin 2019 et la présentation du texte en Conseil des ministres. En attendant, les syndicats ne désarment pas. Après la journée du 19 mars, une mobilisation spécifique des retraités – la 4e depuis l’élection d’Emmanuel Macron - est déjà annoncée pour le 11 avril.