Bordeaux: «Nous, on a fait le job», la Nouvelle-Aquitaine investit 7 millions d'euros pour l'installation de Safran

INTERVIEW Le président de la région Nouvelle-Aquitaine n’apprécie guère les remarques de Bruno Le Maire qui estime que la France doit fournir « d’importants efforts » pour faciliter l’implantation d’usines sur son territoire

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Alain Rousset, président de la région Nouvelle Aquitaine.
Alain Rousset, président de la région Nouvelle Aquitaine. — UGO AMEZ/SIPA
  • Le groupe aéronautique Safran vient d'annoncer qu'il allait implanter un nouveau site au Haillan près de Bordeaux, consacré à l'impression en 3D.
  • Cette annonce «confirme l'attractivité de la région» dans le domaine aéronautique estime le président de la région Alain Rousset.
  • En revanche, il n'a pas apprécié les remarques du ministre de l'Economie Bruno Le Maire, qui estime qu'il faut «simplifier nos procédures, pour que nos industries s'installent et restent en France».

Si le président de la région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset (PS) se félicite du choix de Safran d'implanter au Haillan (Gironde) son futur campus concernant l'impression 3D de pièces, il est en revanche remonté contre le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, qui a accompagné cette annonce de remarques sur les difficultés des industriels à mener leurs projets en France. Même si ces remarques concernaient avant tout un autre projet du groupe Safran, qu’il souhaiterait développer près de Villeurbanne, dans la banlieue lyonnaise.

La France devrait ainsi réaliser d'« importants efforts » pour faciliter l’installation d’usines, estime le ministre. Le patron du groupe aéronautique avait lui-même dénoncé cette situation en février, estimant que « la solution de facilité serait d’investir à l’étranger où on me proposerait des aides et où je serais accueilli à bras ouverts. » Le président de la région Nouvelle-Aquitaine, qui apporte près de 7 millions d’euros dans ce projet (qui se chiffre au total à 68 millions d'euros), réagit.

Safran vient de confirmer qu’il créerait au Haillan, près de Bordeaux, un campus consacré à la recherche sur l’impression 3D. C’est un dossier que la région suit depuis longtemps ?

Le patron de Safran Philippe Petitcolin m’en avait parlé il y a plusieurs mois de cela et la région s’est immédiatement mobilisée pour accompagner Safran dans son projet de campus sur les technologies additives. Nous serons la seule collectivité à investir près de 7 millions d’euros sur ce projet.

Comment s’est décidé le choix du Haillan ?

Nous avons fait des propositions de sites dans la région à Safran et c’est un des directeurs du groupe qui a tranché en faveur du Haillan. Safran est un de nos principaux partenaires industriels, et nous avons déjà réalisé de belles choses ensemble, puisque je rappelle que nous avons créé ensemble l'usine du futur à Bordes, près de Pau. C’est sur ce site qui emploie 2.000 personnes que sont conçus et fabriqués des moteurs d’hélicoptères. C’est un projet de 120 millions d’euros que nous avons accompagné à hauteur de presque 20 millions d’euros.

Et pour la région Nouvelle-Aquitaine, c’est une très bonne nouvelle que Safran vienne développer ici sa recherche sur la technologie additive ?

Oui car c'est une très belle technologie qui va venir bouleverser l’industrie aéronautique, en divisant par quatre ou six le temps de fabrication des pièces. Cette annonce vient confirmer l’attractivité de la région dans le domaine aéronautique, sur toute la partie recherche et développement, formation et maintenance. C’est pourquoi je suis très surpris d’entendre des remarques concernant la difficulté que rencontreraient des entreprises à réaliser leurs projets industriels en France, ou sur le manque d’accompagnement. Les remarques de Paris et de l’Etat à ce sujet sont désobligeantes, quand on sait qu’ils ne mettent plus aucun moyen dans ces projets, qu’ils n’ont aucune capacité d’anticipation dans les technologies du futur… Et en plus, ils se gargarisent d’une implantation comme celle-ci, qui ne dépend au final que de l’industriel et de la région. On apporte 10 % du montant du projet, du soutien à la formation, y compris à celle qui va permettre de reclasser des ouvriers de l’usine Ford de Blanquefort. Nous, on a fait le job.