L’index d’égalité hommes-femmes, un bon outil pour en finir avec les écarts de salaire dans les entreprises?

REMUNERATIONS Le Medef est plutôt optimiste, les syndicats beaucoup moins

Nicolas Raffin

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Des analystes d'Euronext à la Défense, près de Paris.
Des analystes d'Euronext à la Défense, près de Paris. — Kamil Zihnioglu/AP/SIPA
  • Les entreprises de plus de 1.000 salariés doivent publier leur index d’égalité hommes-femmes depuis le 1er mars.
  • Une bonne partie d'entre elles n’a pas rempli cette obligation.
  • L’efficacité de cet index fait débat, notamment à cause de son mode de calcul.

Les écarts de salaires entre les hommes et les femmes font « honte à la République ». Les mots forts prononcés en novembre dernier par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, exprimaient clairement la volonté d’en finir avec une réalité bien ancrée. En France, les femmes sont payées en moyenne 25 % de moins que les hommes. A poste et âge égaux, l’écart est de 9 % alors que le principe « à travail égal, salaire égal » est gravé dans la loi depuis 45 ans.

Pour faire disparaître cet écart, l’exécutif a mis sur un pied un « index » de 100 points calculé par les entreprises, et basé sur plusieurs critères comme l’écart hommes-femmes dans les rémunérations, les promotions ou les augmentations. En dessous d’un total de 75 points, l’entreprise a trois ans pour se mettre en conformité, sous peine de sanctions financières.

« Cet index va créer une émulation »

Les 1.400 entreprises françaises de plus de 1.000 salariés avaient jusqu’au 1er mars pour le publier. Première déception : plus d’une semaine après cette date, seulement 52 % d’entre elles ont rempli cette obligation, d’après le dernier décompte du ministère du Travail. Un petit accroc qui n’empêche pas certains acteurs du monde du travail d’être plutôt optimistes quant à l’efficacité de l’index.

C’est par exemple, le cas au Medef. « L’index est un outil attendu au service des entreprises », a expliqué ce jeudi Dominique Carlac’h, vice-présidente de l’organisation patronale, lors d’une rencontre avec la presse. « C’est quelque chose qui permet de rendre plus performant la pratique managériale », a-t-elle indiqué. Pour Armelle Carminati, présidente de la commission innovation sociale et managériale du Medef, « cet index va créer une émulation entre les entreprises. On va vouloir faire mieux que le voisin. »

« On tolère les inégalités de salaires »

Un bel enthousiasme qui n’est pas trop partagé par les syndicats. Force Ouvrière s’est ainsi contentée d’une déclaration assez sobre. « L’index égalité est un premier pas, a expliqué le syndicat ce mardi. Le suivi de sa mise en œuvre devra permettre d’améliorer l’outil afin que l’objectif de suppression effective des écarts soit atteint, et que l’égalité salariale soit enfin une réalité ».

Pourquoi une telle prudence ? Parce que la manière dont est construit l’indicateur est critiquée depuis le départ. « L’index est un cache-misère », dénonce Emmanuelle Boussard-Verrecchia, avocate spécialiste des discriminations au travail. « La meilleure preuve, c’est que des entreprises avec un score supérieur à 75 points ont été condamnées récemment pour discriminations au niveau des salaires ou des promotions », poursuit-elle.

Une « boussole »

L’avocate est notamment scandalisée par le « seuil de tolérance » prévu par l’index. « Cela signifie que si une entreprise affiche 10 % d’écart entre les hommes et les femmes, l’écart réel sera en fait de 12 ou 15 %, décrypte Emmanuelle Boussard-Verrecchia. On tolère donc les inégalités de salaire ». Autre souci, selon elle : « même si un objectif n’est pas atteint, par exemple sur le nombre de femmes dans les 10 plus hautes rémunérations [l’index en exige 4], l’entreprise aura quand même des points ! Cela veut dire qu’une grande entreprise pourra jongler avec les différentes composantes de l’index pour dépasser les 75 points, sans pour autant respecter l’égalité ».

« L’inégalité salariale, ce n’est pas un patron caché dans un couloir qui se demande comment créer une inégalité : personne ne le fait exprès », estime pour sa part Armelle Carminati. « Pour autant, ajoute-t-elle, le chemin vers l’égalité c’est un combat permanent. L’index va servir de boussole et va pousser les entreprises à s’engager, d’autant qu’il pourra être consulté par les candidats lorsqu’ils postuleront dans l’entreprise ». Un vœu de transparence qui est encore loin d’être une réalité : aucune plateforme n’a été prévue pour compiler tous les résultats, et les index sont parfois bien cachés sur les sites internet des entreprises.