Brexit: L'industrie automobile alerte de la catastrophe d'un divorce sans accord

VOITURE C'est toute l'Europe qui subirait les conséquences d'un Brexit sans accord

J.-L.D. avec AFP

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Le marché automobile pourrait souffrir d'un Brexit dur
Le marché automobile pourrait souffrir d'un Brexit dur — DANIEL ROLAND / AFP

Alors que le Brexit est programmé pour le 29 mars, l’industrie automobile compte bien profiter du salon de Genève, qui débutera ce mardi, pour mettre en garde contre le risque d’un Brexit dur (sans accord entre le Royaume-Uni et l' Union Européenne), qui inquiète de plus en plus.

« Le marché automobile britannique est très intégré au marché européen. La production britannique de véhicules légers est exportée à 80 % vers le continent et, pour produire ces véhicules, près de 60 % de la valeur est importée de l’UE », explique Tommaso Pardi, le directeur du Groupe d’étude et de recherche permanent sur l’industrie et les salariés de l’automobile (Gerpisa), dont le siège est à Paris.

Des entreprises commencent déjà à fermer

En cas de Brexit dur, « on aura de 10 % à 14 % de droits de douane sur les pièces et composants à l’entrée et à la sortie du Royaume-Uni, l’équation économique ne tiendra plus, ce ne sera tout simplement plus possible de produire profitablement en Grande Bretagne » pour exporter vers l’Europe, poursuit cet expert. En effet, les marges dans cette industrie sont seulement « de l’ordre de 5 % quand tout va bien. »

Le constructeur japonais Honda a récemment annoncé la fermeture de son usine de Swindon (sud-ouest) tandis que Jaguar Land Rover va supprimer 4.500 emplois, soit plus de 10 % de ses effectifs en Grande-Bretagne. Des décisions « liées au Brexit », affirme Tommaso Pardi, même si les entreprises concernées s’en défendent.

Vers une chute de la livre sterling

Un Brexit dur entraînerait, selon lui, d’autres coupes chez Nissan, Ford, ou Opel, les entreprises ayant déjà toutes des plans B pour déplacer leur production vers d’autres sites sur la planète prêts à monter en cadence. « Tout le monde s’y prépare, même si tout le monde n’a pas fait d’annonces », dit-il.

En cas de Brexit dur, la livre sterling « s’effondrera et très probablement de nombreux constructeurs automobiles devront augmenter leurs prix pour protéger leurs marges, ce qui provoquera un effondrement du marché britannique », expliquait en février Carlos Tavares, le patron du groupe français PSA et président de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA).

Deuxième marché en Europe

Les usines britanniques ne pourraient-elles pas produire pour leur propre marché pour éviter cette inflation importée ? « 90 % des ventes sont réalisées par des importateurs », souligne Tommaso Pardi, pour qui le tissu industriel britannique n’est pas prêt à prendre le relai. L’expert confirme qu’il faudrait s’attendre à une montée brutale des prix des voitures au Royaume-Uni et donc à une chute du marché à court terme.

Or, avec 2,37 millions de voitures particulières immatriculées l’an dernier, ce pays est le deuxième marché en Europe, derrière l’Allemagne, mais devant la France et l’Italie.

Conséquence sur tout le continent

La chute du marché britannique toucherait de plein fouet les constructeurs européens qui y sont implantés. Les groupes allemands, dont le Royaume-Uni représente le premier marché d’exportation en volume, en seraient les premières victimes, mais les Français n’en sortiraient pas indemnes.

Pour la seule Allemagne, 15.000 emplois seraient alors menacés, d’après une étude de l’institut IWH. L’effet le plus important d’un Brexit dur « ne serait pas véritablement son impact direct mais beaucoup plus son impact indirect », expliquait toutefois en février le directeur général de Renault, Thierry Bolloré, en présentant les résultats de son groupe.

« D’après toutes les simulations, ça toucherait l’économie générale de la Grande-Bretagne mais aussi celle de l’Europe », selon lui. Or une baisse de croissance se traduit toujours par une baisse des ventes de véhicules. Il faudrait donc s’attendre à un retournement brutal du marché européen qui ferait très mal à la filière, dans un contexte international déjà difficile.