La Cour des comptes met le gouvernement au défi de faire des économies

GROS SOUS Le déficit français devrait finalement s’établir à 3,2 % du PIB cette année, repassant pour la première fois depuis 2016 au-dessus des 3 % exigés par Bruxelles

L.Br. avec AFP

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Didier Migaud, président de la Cour des comptes, en habits officiels à l'occasion des vœux de la nouvelle année.
Didier Migaud, président de la Cour des comptes, en habits officiels à l'occasion des vœux de la nouvelle année. — LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Panique à la Cour des comptesEn plein débat national sur les dépenses et la fiscalité, l’institution a appelé ce mercredi l’exécutif à redoubler d’efforts pour assainir les finances publiques, « fragilisées » par les mesures annoncées face au mouvement des « gilets jaunes ».

La mise en garde de Didier Migaud, président de la Cour des comptes, est claire. « Les efforts de redressement engagés par la France ces dernières années semblent désormais s’essouffler. » « La France, du fait du caractère incomplet de l’assainissement de ses finances publiques, ne dispose que de peu de marges budgétaires pour faire face à un retournement conjoncturel ou à une situation de crise », a-t-il ajouté, dans un discours à l’allure d’avertissement au gouvernement.

Un scénario « préoccupant »

En ligne de mire, notamment : les baisses d’impôts et les dépenses nouvelles décidées mi-décembre face aux revendications des « gilets jaunes », à l’origine d’une dégradation des perspectives de dette et de déficit public. Dans son projet de loi de finances initial, le gouvernement avait prévu un déficit à 2,8 % du PIB en 2019, en hausse par rapport au chiffre attendu en 2018.

Mais les mesures « gilets jaunes », chiffrées à 11 milliards d’euros, l’ont obligé à revoir sa copie. Selon Bercy, le déficit devrait finalement s’établir à 3,2 % du PIB cette année, repassant pour la première fois depuis 2016 au-dessus des 3 % exigés par Bruxelles. Cela risque de « dégrader encore la position de la France au sein de la zone euro », prévient la Cour des comptes, pour qui le scénario du gouvernement est à la fois « préoccupant » et « affecté de multiples fragilités ».

« Amorcer enfin la décrue » de la dette publique

Cette situation fait peser un risque « à la baisse » sur la croissance française, souligne l’institution de la rue Cambon, qui rappelle que le gouvernement n’a pas revu depuis septembre sa prévision de hausse du PIB, attendue à 1,7 %. Réduction de certaines dépenses, meilleur ciblage… Dans ce contexte, « une réduction soutenue des déficits » est devenue « impérative », juge la Cour, qui appelle à « amorcer enfin la décrue » de la dette publique, actuellement proche de 100 % du PIB.

Un message à valeur d’exhortation pour le gouvernement, qui a promis de réduire la dépense publique de trois points de PIB d’ici à 2022, mais est resté discret sur les mesures qu’il entendait mettre en œuvre pour atteindre cet objectif.