Grève du 5 février: Entre les «gilets jaunes» et la CGT, la convergence est-elle possible?

MOBILISATION Les « gilets jaunes » rejettent les modes d’action classiques

Nicolas Raffin

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Lors d'une manifestation intersyndicale à Paris, le 9 octobre 2018.
Lors d'une manifestation intersyndicale à Paris, le 9 octobre 2018. — FLORIANE VALDAYRON/SIPA
  • La CGT appelle à la grève ce mardi 5 février.
  • Plusieurs « gilets jaunes » ont montré leur envie de rejoindre la contestation syndicale.
  • Le syndicat assure qu’il y a des thématiques communes aux deux mouvements.

C’est un mot qu’on avait perdu de vue depuis les grandes manifestations de 2018 – SNCF, fonctionnaires, retraités -, mais qui revient en force en ce début d’année. La « convergence », le rapprochement des différentes luttes, est à nouveau au menu pour la journée d’action organisée ce mardi. La CGT avait dégainé la première en appelant à manifester pour « l’urgence sociale ». Quelques jours plus tard, l’une des figures des « gilets jaunes », Eric Drouet, avait à son tour réclamé un «   blocage total ».

« Il faut que toutes les personnes qui soutiennent ce mouvement [des gilets jaunes] se mettent en grève parce que la seule chose qui fera plier le gouvernement sans violence, c’est de toucher à l’appareil économique (…) C’est pour ça qu’on veut relayer cette grève », expliquait ce week-end une autre figure des « gilets jaunes », Maxime Nicolle. Dans les différents groupes Facebook, les appels à la grève se sont multipliés ces derniers jours et semblaient convaincre de nombreux sympathisants du mouvement.

Des modes d’actions différents

« Il y a des thématiques communes entre nous et les "gilets jaunes", confirme Céline Verzeletti, dirigeante confédérale à la CGT. Par exemple la justice sociale. Cela fait longtemps qu’on demande qu’il n’y ait plus de taxes sur les produits de première nécessité. Il y a aussi une demande de services publics faite par les"gilets jaunes" et que nous défendons également. On sent qu’il y a une volonté de collectif, et c’est quelque chose qui nous intéresse ».

Cet enthousiasme n’est pas partagé par tous les observateurs. « Je reste assez circonspect sur la possibilité d’arriver à une vraie convergence, nuance Stéphane Sirot, historien et spécialiste des mouvements sociaux. Les "gilets jaunes" ont choisi dès le départ des modes d’actions différents de ceux des syndicats, parce qu’ils pensaient que ces derniers n’obtenaient pas de résultats. Ils ont aussi décidé de s’organiser via les réseaux sociaux, sans être hiérarchisés, marquant là encore leur différence avec les organisations syndicales classiques ».

« Le mouvement ne prend pas dans les entreprises »

D’autant que tous les « gilets jaunes » ne participeront pas à la grève de ce mardi. « Nous sommes entrés dans une phase de concertation depuis un mois, explique Yves Garrec, « gilet jaune » de Toulouse. J’organise même une concertation pour le grand débat national. Si on ne participe pas, on ne peut pas critiquer. En fonction des résultats, le "gilet jaune" pourra ressortir ». Il ne voit donc pas l’utilité de se greffer à d’autres organisations : « Depuis le départ, on a dit pas de politique, pas de syndicats ! Certains porte-parole des "gilets jaunes" n’ont pas respecté cette consigne ».

En plus des désaccords stratégiques au sein du mouvement des « gilets jaunes », Stéphane Sirot relève un autre obstacle à une possible convergence. « Ceux qui manifestent sur les ronds-points sont souvent des salariés du privé, relève l’historien. Or, la CGT, qui est à l’origine de la grève de ce mardi, est plus présente dans le secteur public. Le lien entre le syndicat et les "gilets jaunes" est donc plus compliqué à tisser, ce qui fait que le mouvement ne prend pas dans les entreprises ».

« Beaucoup de "gilets jaunes" sont dans des entreprises sans syndicats, reconnaît Céline Verzeletti. Lorsqu’on discute avec eux, on voit que beaucoup ont une mauvaise image de nous. Ce qu’on essaye de faire, c’est de se déployer dans le maximum de secteurs professionnels pour permettre aux salariés de se défendre. Si les salariés restent seuls et qu’ils ne s’organisent pas, ça ne marchera pas ».