Plus de trois millions de travailleurs précaires en France

EMPLOI La situation pourrait s'améliorer...

Sylvain Mouillard
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Vols de matériaux et d'engins, vandalisme, incendies criminels et même squats : les professionnels du bâtiment s'inquiètent du nombre croissant d'agressions extérieures qui pénalisent l'activité de leurs chantiers et pèsent sur leur rentabilité.
Vols de matériaux et d'engins, vandalisme, incendies criminels et même squats : les professionnels du bâtiment s'inquiètent du nombre croissant d'agressions extérieures qui pénalisent l'activité de leurs chantiers et pèsent sur leur rentabilité. — Stéphane Danna AFP/Archives
Le chômage baisse, mais le travail précaire continue à se développer en France. C'est un des principaux éléments qui ressort de l'étude de l'Insee sur le marché du travail, publiée mercredi. Les formes précaires d'emploi (intérim, stages, CDD, contrats aidés) représentent aujourd'hui 12% de l'emploi (11,1% en 2004). Le temps partiel touche lui 17,2% des salariés, dont un tiers voudrait travailler plus.

Le phénomène n'est pas nouveau. Il débute au milieu des années 1980, et augmente depuis de manière continue. Henri Sterdyniak, économiste et professeur à l'université Paris Dauphine, explique que ces nouvelles formes d'emploi sont un moyen pour les entreprises d'obtenir plus de flexibilité: «Le but, c'est de pouvoir embaucher et licencier rapidement, en fonction des pics d'activité».

«Variable d'ajustement»

Les politiques se sont d'ailleurs attachés au cours des dernières années à rendre le marché du travail plus flexible. Récemment, des mesures telles que la rupture de contrat par consentement mutuel ou la création de contrats de mission (des CDD pour cadres) sont allées dans ce sens.

Au détriment des salariés, puisque 2,1 millions d'entre eux travaillent aujourd'hui en CDD. Plus de 500.000 sont intérimaires et 353.000 apprentis. Louis Maurin, de l'Observatoire des inégalités, calcule que «plus de trois millions de personnes ont des horizons précaires en France aujourd'hui». Ces travailleurs sont «une variable d'ajustement», les premiers à être licenciés en cas de retournement d'activité.

Bénéfices limités sur le plan économique

Avec des bénéfices limités sur le plan économique, selon lui: «Si la flexibilité de l'emploi favorisait la croissance, il y a longtemps que la France aurait dû retrouver une croissance à 5%», explique-t-il. Certaines pratiques sont même carrément inefficaces: «Le renouvellement sans fin des CDD dans certains secteurs est insupportable. Dans la grande distribution, on a mis en place une gestion massive de la précarité», explique-t-il.

Les jeunes sont particulièrement touchés par cette précarité de l'emploi. Une tendance qui «mine la société», selon Louis Maurin, qui pointe l'ampleur des incertitudes pour plus de trois millions de personnes, que ce soit pour la consommation, ou l'achat d'un logement.

Retour du plein-emploi?

Henri Sterdyniak estime lui que ce «petit volant d'emplois précaires» ne pourra plus augmenter. «Les entreprises ont besoin de stabilité, de salariés formés». L'économiste pense même que la récente baisse du chômage et le retour du plein-emploi devraient profiter aux salariés: «A l'horizon 2010-2015, avec le départ à la retraite des baby boomers, les jeunes devraient trouver leur place plus facilement».

Louis Maurin reste plus prudent: «C'est vrai que la situation pourrait s'améliorer. S'il y a une vraie embellie, le rapport de force changera en faveur des salariés. Mais on n'en est pas encore là...»