Strasbourg: La ville capitale européenne 2019 de l'économie sociale et solidaire, ça veut dire quoi?

DEVELOPPEMENT Capitale des droits de l’homme, de Noël, du vélo, Strasbourg vient aussi d'hériter du titre de capitale européenne de l'économie sociale et solidaire pour 2019. Pourquoi elle? 

Bruno Poussard

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Acteur historique de l'économie sociale et solidaire à Strasbourg, remet notamment des appareils électroménagers en état pour les revendre à des prix réduits  et ainsi lutter contre le gaspillage dans toute la France. Illustration
Acteur historique de l'économie sociale et solidaire à Strasbourg, remet notamment des appareils électroménagers en état pour les revendre à des prix réduits et ainsi lutter contre le gaspillage dans toute la France. Illustration — Document remis / Envie Strasbourg.
  • Capitale des droits de l’homme, de Noël, du vélo, Strasbourg (Bas-Rhin) a été nommée capitale européenne de l’économie sociale et solidaire pour 2019.
  • La capitale alsacienne compte bon nombre d’acteurs dans la branche associant activité économique avec utilité (et équité) sociale et environnementale.
  • Après la nomination à ce titre par le gouvernement français, que va-t-elle faire de ce titre ? Tenter de faire rayonner des bonnes pratiques d’ici, notamment.

Capitale française de Noël, du vélo, des droits de l’homme… Strasbourg (Bas-Rhin) cumule les titres. Pour 2019, la capitale alsacienne en a un nouveau, que peu ont vu venir, celui de capitale européenne de l’économie sociale et solidaire, couramment appelée ESS. Vous savez, la branche mêlant activité économique avec utilité (et équité) sociale et parfois environnementale.

Dans le cadre d’une présidence tournante annuelle (du Comité de suivi d’une déclaration européenne signée en 2015 au Luxembourg), Strasbourg a été retenue par le gouvernement français en fin d’année dernière. « C’est une mise en avant de pratiques exemplaires et d’une place importante, car 10 % des emplois sur notre territoire relèvent de l’ESS », clame l’adjoint Jean-Baptiste Gernet.

« Un écosystème qui essaye de construire un chemin un peu nouveau »

Associations, mutuelles, coopératives, fondations, entreprises sociales, Strasbourg compte bon nombre de représentants dans les cinq familles de l’ESS (qui représente 10 % du PIB et 2,3 millions de salariés dans tout le pays). Certaines sont nées en Alsace avant de s’exporter. Comme Envie, qui rénove (entre autres) de l’électroménager en faisant de l’insertion professionnelle.

Ou comme Siel bleu, qui utilise depuis 1997 l’activité physique adaptée pour lutter contre la dépendance. « On a monté l’association dans l’objectif de mener des actions pour le plus grand nombre, rappelle Jean-Daniel Muller, son cofondateur. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de choses qu’il y a 20 ans, c’est tout un écosystème qui essaye de construire un chemin un peu nouveau. »

Des initiatives diverses soutenues redonnent « le pouvoir aux habitants »

Récemment, la ville a décidé de soutenir l’implantation d’Emmaüs Connect, qui lutte pour l’insertion par le numérique. Côté consommation, des citoyens ont été financièrement aidés pour lancer des initiatives de réseau d’achat en commun ou de coopérative alimentaire. « Ces dossiers très concrets qui redonnent le pouvoir aux habitants nous tiennent à cœur », insiste Jean-Baptiste Gernet.

Directeur d’Emmaüs Mundolsheim et ex-président d’Emmaüs France, Thierry Kuhn ajoute : « On est au cœur d’une région à la longue histoire dans le domaine, même si on a laissé partir de beaux fleurons - comme la Coop, précurseur - et que des structures ont perdu leur âme. Mais cette tradition reste vivace. Maintenant, il faut faire plus et mieux, on peut redonner du sens à l’économie classique. »

Un titre de capitale pour valoriser Strasbourg et les pratiques sociales

Les acteurs strasbourgeois espèrent que le titre de capitale européenne en 2019 servira à valoriser leurs initiatives. Monté pour fédérer ceux-ci il y a cinq ans déjà, le Conseil de l’ESS de la ville doit l’aborder lors de sa prochaine réunion début février. « Il va s’agir de décider quelles pratiques et quels sujets concrets mettre en avant dans nos échanges », embraye le jeune élu Jean-Baptiste Gernet.

Strasbourg espère en profiter pour rayonner dans l’Europe mais aussi donner des idées liées à l’ESS à d’autres et engager des réflexions entre Etats. « Il y a une communication positive autour de ça aujourd’hui, ça peut faire un effet de levier et mettre la loupe sur les actions du secteur », estime Jean-Daniel Muller de Siel bleu qui espère une traduction de ce titre de capitale dans le réel.

« Au milieu d’une mer agitée – une période compliquée –, Strasbourg pourrait être une ville phare sur une autre manière de faire de l’économie, avec humain et respect de l’environnement », rêve Thierry Kuhn. Pas juste dans la réparation et l’insertion, tous ceux-là aimeraient voir l’ESS toujours plus répandue. « L’idéal serait d’avoir 100 % des acteurs intéressés », conclut Jean-Baptiste Gernet.