Loi alimentation: Quels changements dans votre panier de courses vendredi?

ECONOMIE Le relèvement du seuil de revente à perte (SRP) le 1er février dans la distribution devrait conduire à une hausse de tarifs sur 4% des produits alimentaires, selon le ministre de l'Agriculture...

T.L.G.

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Illustration chariot dans une grande surface.
Illustration chariot dans une grande surface. — G. Varela / 20 Minutes
  • La loi alimentation relève le seuil de revente à perte (SRP) dans la distribution à partir du 1er février.
  • Cela devrait augmenter le prix de certains produits alimentaires.
  • L’objectif est de mieux rémunérer les producteurs agricoles, un pari risqué selon un spécialiste de l’agroalimentaire.

Votre panier de courses va-t-il augmenter à partir de vendredi ? Le relèvement du seuil de revente à perte (SRP) le 1er février dans la distribution devrait conduire à une hausse de tarifs sur certains produits alimentaires de grande consommation, a reconnu le ministre de l’ Agriculture sur Franceinfo mercredi matin.

« Il y aura 4 % des produits qui vont beaucoup augmenter. Je le regrette, j’aurais voulu que ce soit différemment […] On essaie une chose, c’est qu’on ait encore une agriculture en France, pour arrêter d’acheter des produits qui viennent d’Amérique ou des pays de l’Est », a défendu Didier Guillaume. Cette hausse du SRP pourrait surtout bénéficier aux enseignes de grande distribution. 20 Minutes vous dit pourquoi.

SRP, de quoi parle-t-on ?

La récente loi Alimentation a relevé à 10 % le « seuil de revente à perte » ou SRP. Le gouvernement veut obliger les distributeurs à vendre leurs produits d’appel à des prix supérieurs de 10 % à ceux auxquels ils les ont achetés. Ces produits, qui ne génèrent aucun bénéfice mais attirent le chaland, ne pourront plus être vendus à perte. Concrètement : un produit acheté 1 euro devra être vendu au minimum à 1,10 euro.

Quels produits sont concernés ?

A partir du 1er février, dans les supermarchés, « 500 produits sur 13.000 » devraient ainsi augmenter, alors que dans les hypermarchés « c’est 800 produits sur 20.000 » qui sont concernés, selon le ministre, qui a confirmé en les relativisant des informations parues dans Le Parisien. Ce sont plutôt des produits de grande consommation fabriqués la plupart du temps par des géants de l’agroalimentaire (Danette, Coca-Cola, Caprice des Dieux, Ricard, Nutella, etc.) utilisés par les distributeurs dans leur communication promotionnelle pour attirer le public. Selon le quotidien francilien, le pot de Nutella de 750g passerait ainsi de 4,05 à 4,39 euros, soit 8,4 % d’augmentation.

Quel est le but de l’opération ?

« Ce que je demande aux grandes surfaces c’est de trouver le moyen de répartir les marges différemment, de répartir les choses mieux, l’objectif est que les produits agricoles soient vendus à leur juste valeur », a argumenté le ministre. L’Etat espère que, en contrepartie, la distribution pourra mieux rémunérer les producteurs issus de toutes les filières agricoles et aquacoles, en difficulté car régulièrement rémunérées en dessous de leur prix de revient.

Un pari qui ne convainc pas Olivier Mevel, enseignant-chercheur à l’université de Bretagne-Loire et spécialiste de l’agroalimentaire. « On aurait voulu faire un chèque en blanc aux grands distributeurs, on n’aurait pas fait mieux. On leur donne de la marge pour qu’ils la répercutent sur les produits agricoles [viande, poisson, lait, fruits et légumes essentiellement] mais sans aucune garantie. On est dans l’incitation. Or le métier de distributeurs est justement d’acheter le moins cher possible. Une marge ne se partage pas. »

Quel impact dans votre panier ?

Le consommateur verra-t-il son ticket de caisse flamber ? « Cette hausse des prix ne représentera que 7 % du panier de la ménagère », indique le ministère de l’Agriculture cité par le Parisien. Tout dépendra du type de produits achetés. « Il faudra voir quelle stratégie les distributeurs vont mettre en place, et notamment Leclerc et Intermarché, les deux plus incisifs », estime Olivier Mevel. « Je pense que les grandes marques vont augmenter, entre 5 et 10 % car les distributeurs feront pression sur les industriels pour limiter la hausse du SRP. Les distributeurs pourraient en revanche faire baisser le prix sur leurs MDD [marque de distributeurs Leclerc, Carrefour, etc.], ce qui reviendra à affaiblir les PME et PMI régionales qui les fabriquent. »

Pour redorer leur image de marque, certaines enseignes vont aussi tenter d’actionner le levier de la fidélisation de leurs clients en proposant des avantages ciblés sur des produits « préférés », avance Cédric Chéreau, spécialiste de la promotion dans la grande distribution cité par l’AFP.