Quels sont les défis qui attendent Renault après la démission de Carlos Ghosn?

AUTOMOBILE Le constructeur va notamment devoir régler la question de l’alliance avec Nissan…

Nicolas Raffin

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Jean-Dominique Senard (gauche) et Thierry Bolloré (droite) forment le nouveau tandem qui va diriger Renault.
Jean-Dominique Senard (gauche) et Thierry Bolloré (droite) forment le nouveau tandem qui va diriger Renault. — Christophe Ena/AP/SIPA
  • Carlos Ghosn a démissionné ce jeudi de son poste de PDG de Renault.
  • Thierry Bolloré, 55 ans, devrait être chargé de la direction générale. Jean-Dominique Senard, patron de Michelin deviendrait président du conseil d’administration.
  • Niveau de production, avenir de l’alliance, emplois en France : les défis de la nouvelle direction ne manquent pas.

Thierry Bolloré et Jean-Dominique Senard, les deux hommes qui vont succéder à Carlos Ghosn à la tête de Renault, ne prennent pas la barre d’un bateau à la dérive. L’année dernière, le groupe automobile français a écoulé 3,9 millions de véhicules, notamment grâce aux bonnes performances des modèles Dacia et Lada. Un record de ventes qui peut inciter le constructeur au losange à l’optimisme.

Pourtant, tout n’est pas parfait. La nouvelle direction va devoir affronter plusieurs défis en 2019, en particulier ceux directement liés à l’emprisonnement au Japon de Carlos Ghosn. Son arrestation en décembre a mis en lumière les relations parfois tendues avec le deuxième pilier de « l’Alliance », le constructeur Nissan.

« Personne n’imagine que l’Alliance va prendre fin »

Chez Renault, l’État est devenu le premier actionnaire fin 2015, reléguant Nissan au second rang. « On ne s’en rend pas compte vu de France mais cet acte a profondément abîmé l’image de Carlos Ghosn et de Renault au Japon », expliquait un proche du groupe français dans un article de BFM Business. En retour, Renault, qui détient pourtant 43 % de Nissan, n’a en réalité que des pouvoirs très limités pour contrôler la gouvernance de l’entreprise nipponne. Fusion, rééquilibrage : quel que soit le scénario futur, il devra contenter les deux parties.

« Il y a de la confiance à rétablir, concède Arnaud Aymé, associé chez Sia partners et spécialiste des transports. Mais personne n’imagine que l’Alliance va prendre fin. Elle permet à Renault et Nissan d’économiser des milliards d’euros et de peser au niveau mondial. Autre preuve de sa réussite : ce modèle a récemment été copié par Ford et Volkswagen. » « Carlos Ghosn a entretenu l’idée que sans lui il ne pourrait pas y avoir d’alliance, renchérit Bertrand Rakoto, consultant automobile indépendant. En réalité, elle repose sur des fondations plus profondes : l’ingénierie de Renault et de Nissan a été fusionnée l’année dernière et les achats sont communs depuis plus de 10 ans ».

« Faire progresser sans cesse les volumes, ce n’est pas forcément la bonne stratégie »

La nouvelle direction de Renault devra aussi se poser la question du maintien du plan stratégique à l’horizon 2022. Pour l’instant, il prévoit un chiffre d’affaires à 70 milliards d’euros et 5 millions de véhicules vendus. Des objectifs atteignables ? « Après avoir connu un marché très dynamique en 2018, cette année cela va être plus difficile, estime Arnaud Aymé. Avec le ralentissement du marché chinois, le Brexit ou encore le durcissement des normes anti pollutions, vous avez des contraintes sur le secteur automobile, qui devra s’adapter ».

« Faire progresser sans cesse les volumes, ce n’est pas forcément la bonne stratégie, poursuit Bertrand Rakoto. On n’est plus dans cette idée de masse critique. Beaucoup de constructeurs cherchent désormais à être rentables dans des volumes capables d’être absorbés par le marché. »

Quel avenir pour les salariés français ?

La nouvelle direction, attendue au tournant par la CGT, devra « privilégier une stratégie industrielle et sociale » selon le syndicat qui demande en outre de la « transparence » sur les « rémunérations des cadres dirigeants » et sur « le fonctionnement de l’entreprise ». La CFDT souhaite de son côté un « dialogue social ouvert, plus innovant, plus moderne ».

Reste une question très sensible : l’évolution des effectifs de Renault en France. Le développement de Renault ces dernières années s’est appuyé sur la réussite des véhicules « low cost » conçus et fabriqués en Roumanie, mais également assemblés et distribués dans de nombreux pays émergents (Brésil, Russie, Maroc).

Ils ont entraîné la baisse des effectifs des sites français de 70.000 salariés en 2005 à moins de 50.000, pour une production nationale qui a perdu près d’un demi-million de véhicules. « Sur les effectifs, on est arrivés dans une phase de stabilisation, juge Arnaud Aymé. Le nombre de salariés en France n’est pas amené à baisser, sauf en cas d’énorme crise sur le marché automobile européen. » Pour l’instant, un accord de compétitivité signé en 2017 engage l’entreprise à garder ses 11 sites et 8 filiales en France et à leur apporter un volume de production au moins égal à celui de 2016.