Les jeunes sans emploi ni formation sont-ils vraiment des «oisifs»?

STATISTIQUES Environ 100.000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans diplôme…

Nicolas Raffin

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Le secteur du numérique, en pleine expansion en France, pourrait permettre de lutter contre le chômage des jeunes.
Le secteur du numérique, en pleine expansion en France, pourrait permettre de lutter contre le chômage des jeunes. — SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA
  • Les NEET désignent des personnes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation.
  • D'après l'OCDE, ils représent 2,85 millions de personnes en France.
  • Les jeunes issus de l’immigration ont plus de risques d’être exclus du marché du travail. Le taux de chômage et la qualité des filières éducatives jouent sur le taux de NEET.

Comme pour beaucoup d’autres tranches de population, ils sont regroupés sous leur propre acronyme. Les « NEET » (Not in Education, Employment or Training), ce sont les jeunes (15-29 ans ou 15-34 ans, selon les études) qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études, selon la définition de l’OCDE. En France, ils seraient désormais 2,85 millions à se retrouver dans cette situation, d’après les derniers chiffres dévoilés en janvier.

Ces personnes qui ne rentrent pas dans les catégories statistiques habituelles sont-elles pour autant totalement « oisives » comme l’affirme un article du Figaro publié dimanche ? Ce mot peut laisser entendre que les NEET ne font rien de productif. Or, ce n’est pas forcément le cas. « Il y a toute une partie des NEET qui n’ont jamais travaillé mais qui cherchent activement un emploi », rappelle Guillaume Allègre, économiste à l’OFCE et spécialiste des questions de protection sociale. D’après le Fonds social européen (FSE), environ 60 % des jeunes européens sans emploi ni formation sont au chômage au sens où l’entend le Bureau international du travail (BIT).

« Une interprétation fallacieuse »

« Dire que les NEET sont oisifs, c’est une interprétation fallacieuse, affirme Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l’OCDE. Dans cette catégorie, vous avez aussi bien des personnes qui font des petits boulots de temps à autre, comme les personnes qui viennent d’avoir un enfant et qui décident d’arrêter de travailler. Et les taches ménagères et s’occuper d’un enfant, ce n’est pas de l’oisiveté. »

Les NEET désignent aussi des personnes qui ont quitté les études très tôt, sans diplôme. « Ce groupe, en raison de son manque de qualification, est le plus exposé au risque de pauvreté permanente, voire d’exclusion sociale », rappelle le FSE. En France, environ 100.000 jeunes quittent le système scolaire chaque année sans avoir décroché de diplôme.

Un problème d’insertion et de formation

Le principal problème est donc de les repérer, puis de les accompagner vers l’emploi. Mais là encore, les NEET ne sont pas forcément responsables de leur sort. « Ce qu’il faut retenir, poursuit Guillaume Allègre, c’est que leur nombre est corrélé au taux de chômage du pays. En France, il est plus élevé que dans les autres pays. Et vous pouvez être également victime de discrimination liée à votre nom, votre origine, ou même votre lieu de résidence. »

« Les jeunes nés à l’étranger, ou nés en France de parents d’origine étrangère ont plus de risques de devenir des NEET, complète Christophe Dumont. Ce n’est pas que des choix de vie. Cela pose de la question de l’insertion mais aussi celle de la formation. » Un problème auquel le gouvernement s’est attaqué avec son fameux « PIC » (plan d’investissement pour les compétences). Mais avec un taux de NEET qui atteint les 17 % en France, la mission s’annonce compliquée.