«Gilets jaunes»: La Cour des comptes s'inquiète de la hausse du déficit public

POUVOIR D'ACHAT Didier Migaud a alerté sur la hausse des dépenses en France en raison des mesures sur le pouvoir d’achat prises par le gouvernement pour apaiser les « gilets jaunes »…

20 Minutes avec AFP

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Didier Migaud, le 8 février 2017, à Paris.
Didier Migaud, le 8 février 2017, à Paris. — FRANCOIS GUILLOT / AFP

Le président de la Cour des comptes Didier Migaud a appelé ce jeudi à ne pas « relâcher les efforts » entrepris pour assainir les finances publiques, malgré la crise des « gilets jaunes », qui a conduit l’exécutif à accroître les dépenses pour 2019.

« Nous sommes conscients que les choix à faire et les arbitrages à rendre sont difficiles », a reconnu Didier Migaud lors de l’audience solennelle de rentrée de la Cour, en présence du Premier ministre Edouard Philippe. Mais « il reste possible de répondre aux attentes qui se sont exprimées sans renoncer aux engagements pris devant les Français et sans renoncer à l’effort de redressement des comptes publics », a-t-il poursuivi.

Des efforts qui « marquent le pas »

Selon Didier Migaud, « des efforts ont incontestablement été réalisés ces dernières années » qui ont permis de réduire « de façon ininterrompue » le déficit. Pourtant « ces efforts de redressement semblent marquer le pas », a-t-il regretté. « La conséquence de cette situation, nous la connaissons : notre pays ne parvient pas à stabiliser sa dette publique », proche de « la barre symbolique des 100 % de notre produit intérieur brut », a-t-il souligné.

Une situation qui expose la France « aux conséquences d’une remontée des taux d’intérêt que nous savons probable, voire certaine » et risque d’entamer « la crédibilité de notre pays » face à nos partenaires européens, selon Didier Migaud. Selon Bercy, le déficit public, qui s’est réduit de façon ininterrompue depuis 2009, devrait s’établir à 2,6 % du PIB en 2018, soit un niveau similaire à celui de 2017.

Dix milliards d’euros de mesures

Pour 2019, le gouvernement avait à l’origine prévu un léger rebond (2,8 %) lié à la transformation du CICE en baisse de charges pérennes, mais inférieur à la limite des 3 % fixée par la commission européenne. En raison de la crise des « gilets jaunes », l’exécutif a toutefois décidé de relâcher la contrainte budgétaire, en annonçant une série de mesures pour le pouvoir d’achat, chiffrées à dix milliards d’euros.

Selon Bercy, le déficit devrait ainsi s’établir à 3,2 % du PIB en 2019. Mais selon plusieurs économistes, le dérapage pourrait être plus important, en raison notamment du ralentissement de la croissance. « La fin d’année 2018 a conduit à des attentes très fortes à l’égard de l’Etat », a souligné Didier Migaud. Mais « les circonstances actuelles imposent non pas de freiner mais d’accélérer » la « transformation de l’action publique », a-t-il dit.

« Du côté des recettes, des marges existent, en remettant par exemple à plat les trop nombreuses niches fiscales et sociales qui grèvent nos ressources » et « nuisent à l’équité du prélèvement à l’impôt », a-t-il estimé. Quant aux dépenses, des améliorations sont possibles, en accélérant « la transition numérique des services publics » et en réduisant « les effets d’aubaine induits par certains transferts sociaux », a-t-il conclu.