Mouvement des «gilets jaunes»: «Même si au fond de moi je suis d’accord avec ce mouvement, je ne sais pas comment je vais m’en sortir»

EMPLOI Le débat sur les conséquences économiques du mouvement est vif…

Nicolas Raffin

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Des gilets jaunes manifestent à Toulouse le 6 janvier 2019.
Des gilets jaunes manifestent à Toulouse le 6 janvier 2019. — Frederic Scheiber/SIPA
  • Le gouvernement estime que la crise des « gilets jaunes » a fragilisé l’emploi.
  • Environ 58.000 personnes se sont retrouvées au chômage partiel en raison de la baisse de l’activité.
  • Plusieurs internautes estiment qu’il est un peu trop facile d’accuser les « gilets jaunes ».

Quel effet le mouvement des « gilets jaunes » a-t-il sur l’économie française ? Répondre sereinement à cette question n’est pas chose aisée. Pour le gouvernement, la cause est entendue : la mobilisation a fait ralentir la croissance du PIB à la fin de l’année 2018. La ministre du Travail Muriel Pénicaud a même estimé cette semaine que l’accroissement du chômage partiel était lié aux « gilets jaunes ». « C’est aussi un des effets de la violence. Cela fragilise l’emploi et nos petits commerces » a-t-elle affirmé.

Du côté des internautes de 20 Minutes, les avis sont plus partagés. Pour Emile Lefeuvre, patron d’une auberge dans le Loir-et-Cher, la situation est plutôt tendue. « Même si nous sommes installés dans un village de 300 habitants à l’écart des grands axes, le mouvement des "gilets jaunes" a fortement impacté notre activité, estime-t-il. Sur le mois de décembre, notre chiffre d’affaires est en recul de 60 %, puisque les touristes qui se déplaçaient habituellement ne sont pas venus par peur des blocages et des pénuries d’essence ».

« Je m’estime chanceux »

En conséquence, poursuit le chef d’entreprise, « nous avons été obligés de mettre nos salariés au repos forcé pendant quelques jours. Bientôt ce sera du chômage partiel puisque nous avons décidé de fermer plusieurs jours en janvier du fait du manque d’activité. Si cela perdure, il faudra même envisager le dépôt de bilan, ce qui serait très malheureux ».

Même ressenti pour Yves, commerçant depuis une dizaine d’années. « En neuf ans, c’est notre première baisse de chiffre d’affaires, et elle est essentiellement due au mouvement des "gilets jaunes" puisque cela concorde avec le début de la mobilisation. En décembre, mon chiffre d’affaires a baissé de 10 %, et je m’estime chanceux par rapport à certains qui ne s’en sortiront pas ! ».

« Ceux qui sont au chômage partiel ne diront rien de peur de se faire incendier, juge Stéphanie. Étant auto-entrepreneur, je prends des risques mais j’assume. Même si au fond de moi je suis d’accord avec ce mouvement, je ne sais pas comment je vais m’en sortir en janvier, février et mars. »

« C’est le gouvernement qu’il faut stigmatiser »

A côté de ces témoignages, d’autres internautes estiment que l’explication du gouvernement est un peu facile. « La crise est bien plus ancienne, écrit Mic Dem sur la page Facebook de 20 Minutes. Les "gilets jaunes" ne sont pas responsables de tout. Nombre de commerces étaient déjà en difficulté avant, donc arrêtez de tout leur mettre sur le dos c’est honteux. »

« S’il y avait eu des négociations honnêtes depuis le début au lieu de laisser pourrir la situation, les entreprises n’en seraient pas là » renchérit Dominique. « C’est le gouvernement qu’il faut stigmatiser, pas les "gilets jaunes" », conclut Michel.

« C’est toute l’année qui a été très compliquée »

En attendant les prochaines mobilisations à venir, de nombreux commerçants attendent beaucoup des soldes qui ont démarré ce mercredi. « Le mouvement des "gilets jaunes" a créé un état d’esprit de morosité et il y a beaucoup de stock invendu », a affirmé à l’AFP Christian Baulme, président de la Ronde des quartiers, principale association de commerçants à Bordeaux. On compte sur les soldes pour écouler, mais encore faut-il que la ville soit accessible ».

« Il n’y a pas que les "gilets jaunes", renchérit Colas Michard, à la tête du chausseur bordelais Michard & Ardillier. C’est toute l’année qui a été très compliquée, très tributaire de la météo : rappelez-vous qu’on a eu un printemps pourri, avec de la pluie jusqu’à fin juin. Et fin septembre, on avait 34 degrés quand on devait écouler nos bottes et chaussures fourrées… ».