«Gilets jaunes»: Les fonctionnaires ne veulent pas être les grands oubliés du gouvernement

«Gilets Jaunes» Alors que les policiers ont fini par obtenir gain de cause, d'autres agents publics veulent aussi profiter des mesures de hausse du pouvoir d'achat...

Nicolas Raffin
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Emmanuel Macron fera-t-il un cadeau aux fonctionnaires ?
Emmanuel Macron fera-t-il un cadeau aux fonctionnaires ? — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Le salaire des policiers sera augmenté en 2019.
  • Les autres fonctionnaires espèrent aussi faire plier le gouvernement.
  • Mais Bercy exclut pour l’instant toute nouvelle dépense.

Les forces de l’ordre vont-elles créer le désordre dans la fonction publique ? Après de longues heures de négociations au ministère de l’Intérieur, les policiers ont obtenu gain de cause mercredi soir : leur salaire augmentera en moyenne de 120 euros nets par mois d’ici fin 2019. « C’est ce qu’on voulait, on voulait une amélioration immédiate du pouvoir d’achat » a expliqué le secrétaire général d’Unité-SGP Police, Yves Lefebvre.

De quoi donner des idées à tous les autres fonctionnaires (5,6 millions au total). Depuis une semaine, leurs syndicats réclament l’application aux agents publics de toutes les mesures d’urgence annoncées par Emmanuel Macron pour répondre au mouvement des « gilets jaunes ». Certaines les concernent directement : en 2019, près de 600.000 fonctionnaires bénéficieront par exemple de la hausse de la prime d’activité.

Des heures sup', vraiment ?

De même, les heures supplémentaires défiscalisées s’appliqueront aussi, en théorie, à la fonction publique. Mais cette mesure pourra-t-elle réellement être mise en œuvre ? En effet, de nombreux fonctionnaires accumulent déjà les heures supplémentaires, sans jamais avoir de compensation.

C’est par exemple le cas pour les policiers : « Par principe, les heures supplémentaires dans la police ne sont pas payées, elles sont obligatoirement récupérables en temps de repos, indiquait mercredi Denis Jacob, secrétaire général d’Alternative Police-CFDT, sur Europe 1. Mais aujourd’hui, les effectifs et la structuration de la police nationale (…) ne permettent pas aux effectifs de chaque unité de prendre ce temps de repos ». Christophe Castaner a promis d’ouvrir des négociations sur le sujet, mais la situation est également tendue dans les hôpitaux. Et le paiement de ces heures supplémentaires entraînerait automatiquement des dépenses en plus pour l’État.

C’est aussi pour cette raison de coût que le gouvernement se montre pour l’instant frileux à l’idée de transposer aux fonctionnaires la « prime exceptionnelle » versée par les entreprises. « La fonction publique d’État concerne 2,2 millions d’agents. Si l’État mettait en œuvre immédiatement cette prime de 1.000 euros, il faudrait donc trouver 2,5 milliards d’euros » a exposé Olivier Dussopt dans le JDD.

Des syndicats offensifs

Le secrétaire d’État chargé de la fonction publique pourra tester ses arguments auprès des syndicats de fonctionnaires qu’il reçoit vendredi matin. Les discussions s’annoncent déjà animées : « les revendications des policiers étaient légitimes, mais il n’y a pas de raison que ce ne soit pas la même chose pour tous les fonctionnaires », prévient Bernadette Groison, de la FSU.

La syndicaliste attend « un coup de pouce sur les bas salaires – 40 % des agents de catégorie C sont proches du Smic – et au-delà, l’ouverture de vraies négociations salariales pour tous les agents. Le gel du point d’indice nous fait perdre du pouvoir d’achat depuis des années », conclut-elle. Pas sûr que Bercy, qui a déjà dû battre en retraite cette semaine face à la fronde des députés LREM, soit prêt à faire de nouvelles concessions.

>> Salariés, retraités, fonctionnaires… Qui sont les gagnants des mesures d’urgence promises aux «gilets jaunes»?