Ford à Blanquefort: «Si l’Etat y va, il montre à tout le monde qu’il peut agir et aussi c'est le risque»

INTERVIEW La nationalisation temporaire de l'usine Ford de Blanquefort ne serait pas sans danger pour le gouvernement…

Propos recueillis par Clément Carpentier

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Le site de l'entreprise Ford à Blanquefort.
Le site de l'entreprise Ford à Blanquefort. — Nicolas Tucat / AFP
  • L’Etat cherche une solution pour maintenir le site Ford en vie à Blanquefort.
  • Le ministre de l’Economie n’écarte pas l’idée de passer par une nationalisation temporaire de l’entreprise.
  • Une option crédible mais politiquement risquée pour l’exécutif, selon un économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques.

L’hypothèse a pris de l’épaisseur ces dernières heures, depuis que le ministre de l’Economie n’exclut plus l’idée de passer par une nationalisation temporaire pour sauver le site Ford, à Blanquefort (Gironde). L’Etat envisage cette option après le refus du groupe américain de vendre son entreprise au groupe franco-belge Punch Powerglide. Une nationalisation temporaire - décision extrêmement rare - n’est cependant pas sans danger, selon Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Une nationalisation temporaire est-elle crédible dans le dossier Ford ?

Oui, c’est une option crédible ! C’est tout à fait possible. C’est déjà arrivé par le passé (les chantiers STX à Saint-Nazaire). Ça reste une option compliquée mais faisable. C’est une option réelle aujourd’hui au vu de l’état du dossier.

Il n’y a pas de risques vis-à-vis du droit européen ?

Celui-ci est fondé sur la concurrence donc forcément, ça peut paraître compliqué. Mais en réalité non. Il suffit de voir les précédents. Il ne faut juste pas que ça soit vu comme un sauvetage par une aide de l’Etat. Pour moi, ce n’est pas la principale difficulté aujourd’hui.

Quelle est telle alors ?

Il y a trois difficultés dans un dossier comme celui-là. Déjà, combien coûterait cette opération ? Ensuite dans une nationalisation temporaire, l’Etat doit être sûr à 300 % du repreneur. Qu’est-ce qu’il se passe si ce dernier ne vient pas finalement ? La situation est délicate. Enfin et surtout, il y a la gestion politique. Si l’Etat y va, il montre à tout le monde qu’il peut agir. Qu’il peut sauver des emplois.

Les salariés de Ford manifestent contre la fermeture de leur entreprise.
Les salariés de Ford manifestent contre la fermeture de leur entreprise. - MEHDI FEDOUACH / AFP

C’est un problème ça ?

Oui, car vous créez un précédent. Les autres vont se dire : Pourquoi l’Etat sauve cette entreprise et pas la nôtre ? Ça montre aussi que lorsque l’Etat veut, il peut ! Sur le moment au niveau politique, c’est plutôt positif mais sur le long terme, c’est risqué.

L’Etat peut-il encore reculer ?

On ne le sait peut-être pas mais les autorités ont encore les moyens de mettre la pression sur Ford aujourd’hui. Mais maintenant que le ministre a évoqué la possibilité de la nationalisation temporaire, il serait difficile pour l’Etat de ne pas y aller. Ce serait très bizarre qu’il laisse tomber.