Fermeture de Ford à Blanquefort: «Avec les millions que l’Etat a injecté, elle est déjà presque publique cette usine»

INDUSTRIE L’Etat n’écarte pas l’idée de passer par une nationalisation temporaire pour sauver le site…

Mickaël Bosredon

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Débrayage à l'usine Ford de Blanquefort, le 5 mars 2018.
Débrayage à l'usine Ford de Blanquefort, le 5 mars 2018. — M.Bosredon/20Minutes
  • Le ministre de l’Economie se dit ouvert à toutes les options pour éviter la fermeture de l’entreprise de Blanquefort.
  • L’Etat pourrait racheter le site avant de le revendre dans la foulée à Punch.
  • Les salariés devraient en savoir un peu plus d’ici le week-end prochain.

« Cela fait des années que l’Etat a injecté des millions d’euros dans Ford à Blanquefort : elle est déjà presque publique cette usine ! » Même s’il pense que cette décision aurait pu être prise plus tôt, Vincent Alauze, délégué syndical CGT chez Ford à Blanquefort, est évidemment satisfait après la déclaration, ce mercredi matin sur BFM TV, du ministre de l’Economie  Bruno Le Maire, concernant un éventuel rachat par l’Etat du site girondin.

Une option possible pour les salariés

L’idée serait de racheter provisoirement cette usine, afin de la revendre au repreneur qui s’est positionné, le groupe franco-belge Punch Powerglide. Ce dernier a présenté une offre qui reprendrait environ 400 salariés, sur les 850 que compte l’usine actuellement. Mais, Ford a rejeté cette proposition jeudi dernier, indiquant préférer fermer l’usine. « Je suis prêt aux solutions les plus originales pour garantir qu’un site industriel performant, qui a un repreneur de qualité et des salariés qui sont totalement engagés, puisse survivre », a affirmé le ministre face à cette situation.

« On avait déjà évoqué cette éventualité d'un rachat par l'Etat, poursuit Vincent Alauze. Nous avions imaginé que l’Etat pourrait prendre des parts dans l’entreprise, qu’il revendrait au fur et à mesure au repreneur. Mais je ne sais pas si c’est à cette option que l’Etat réfléchit en ce moment. » Un entretien téléphonique doit avoir lieu ce vendredi, entre les services du gouvernement et des représentants du personnel de l’usine. « On en saura peut-être plus à ce moment-là. »

Le Maire ne lâchera pas le morceau

Le député LREM de la cinquième circonscription de la Gironde, Benoit Simian, qui suit ce dossier de près depuis ses débuts, se montre aussi « favorable » à cette option de rachat par l’Etat. « Nous avons affaire à une dérobade indigne de Ford, et l’Etat montre que lui ne se dérobe pas » a souligné le député à 20 Minutes.

« On ne peut pas se passer d’un site comme celui-là, qui est très performant, compétitif. Il est donc normal que Bercy étudie la possibilité du rachat du site. C’est une piste sérieuse. En revanche, l’attitude de Ford n’est pas digne d’un grand groupe industriel, et leur image de marque en France est en train d’en prendre un coup. »

Le ministre de l’Economie a ajouté qu’il s’est entretenu mardi au téléphone avec le président du constructeur automobile pour l’Europe, Steven Armstrong, pour la deuxième fois depuis l’annonce de son rejet de l’offre de reprise par Punch. Il lui a aussi adressé une mise en garde, assurant que le constructeur américain risquait de « perdre beaucoup en termes de réputation » et affirmant que « la partie n’était pas finie ». « Pour Blanquefort, croyez-moi, je n’ai pas encore baissé les bras », a prévenu Le Maire.