En conflit avec Amazon, les petites entreprises veulent redéfinir les règles du jeu

COMMERCE Une médiation a été lancée pour renouer le dialogue avec le géant de l'e-commerce qui a supprimé le compte de certaines PME sans explication…

Nicolas Raffin

— 

Un entrepôt logistique d'Amazon en France.
Un entrepôt logistique d'Amazon en France. — 20 MINUTES/LIBERT/SIPA
  • Du jour au lendemain, plusieurs TPE et PME ne peuvent plus écouler leurs produits sur Amazon, sans aucune explication.
  • Le médiateur des entreprises a été chargé de rétablir le dialogue.
  • Un règlement européen pourrait venir rééquilibrer un peu les règles du jeu.

Pour Jean-Christophe Caurette, les ennuis ont commencé cet été. Sans aucun préavis, la maison d’édition qu’il dirige en Alsace se retrouve privée de son compte Amazon. Impossible de vendre le moindre livre via la célèbre plateforme d’e-commerce. « Du jour au lendemain, vous perdez 15 % de votre chiffre d’affaires (CA) total, explique le dirigeant à 20 Minutes. Et pour certains pays comme l’Espagne ou l’Italie, les ventes via Amazon représentent jusqu’à 50 % de notre CA ».

Tentant de comprendre la situation, Jean-Christophe Caurette envoie des dizaines de mails et de courriers à la plateforme, sans succès : « Je me suis heurté à un mur. Je n’arrivais à joindre personne ». Son cas n’est pas isolé. Depuis un mois, suite à une initiative lancée par le secrétaire d’État Mounir Mahjoubi, des dizaines de TPE-PME en difficulté avec les plateformes (Amazon, Ali Baba, E Bay, etc) ont saisi le médiateur des entreprises, Pierre Pelouzet pour tenter de trouver une solution.

« Je suis inquiet de me dire que ça peut arriver à n’importe quel moment »

« Il faut renouer le dialogue, explique ce spécialiste des relations entre entreprises. On essaye de comprendre d’où vient le problème. Il peut y avoir des torts partagés : par exemple, une PME qui se met à vendre sur Amazon et qui n’arrive pas à faire face à l’afflux de commandes peut être sanctionnée. De même, un avis négatif laissé par un client ou un problème de livraison peut entraîner un bannissement. Mais dans tous les cas, on ne peut pas laisser les chefs d’entreprise sans réponse, c’est terrible pour eux ».

La médiatisation de l’opération a déjà fait bouger les lignes. Après une visite de Mounir Mahjoubi fin octobre, Jean-Christophe Caurette a vu sa situation se débloquer comme par miracle. « Un ministre, c’est très efficace, rigole le dirigeant. Je suis content d’avoir retrouvé mon accès à Amazon. Mais en même temps, je suis inquiet de me dire que ça peut arriver à n’importe quel moment, puisque je n’ai jamais eu d’explications sur le blocage ».

« Je crois que les plateformes commencent à comprendre que cette politique peut les desservir, poursuit Pierre Pelouzet. Si vous déréférencez trop d’entreprises, vous risquez d’avoir des dégâts d’image, et vous perdez aussi des fournisseurs potentiels ». De son côté, Amazon se défend de toute entrave aux TPE-PME : « Nous attachons la plus grande importance aux relations avec les petites et moyennes entreprises, qui représentent plus de la moitié des ventes du site », explique un porte-parole à 20 Minutes.

La DGCCRF vise Amazon

Dans tous les cas, les plateformes pourraient bientôt être obligées de revoir en profondeur leurs relations avec leurs entreprises partenaires. « Nous sommes en train de construire une réglementation européenne sur le sujet, rappelle Mounir Mahjoubi. Les plateformes ne devront plus avoir le droit d’agir de façon unilatérale sans informer préalablement la PME concernée. »

En France, Amazon doit également faire face à une assignation en justice lancée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes fin 2017 : l’administration lui reproche d’imposer aux entreprises des clauses qui peuvent les mettre en péril, comme la possibilité de suspendre le contrat à tout moment. Une amende de 10 millions d’euros a été réclamée contre la plateforme.