Comment les terroristes et les escrocs se financent-ils?

FRAUDE Le marché de l’art est dans le viseur de Tracfin, la cellule de renseignement financier de Bercy...

Nicolas Raffin

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En 2016, deux bas reliefs en provenance de Syrie avaient été saisis par les douanes françaises.
En 2016, deux bas reliefs en provenance de Syrie avaient été saisis par les douanes françaises. — Douane française - Patrice Pontié
  • Le rapport 2017-2018 de Tracfin a été présenté mercredi.
  • La cellule de renseignement financier pointe notamment l’opacité des associations.
  • Elle alerte aussi sur les risques liés aux crypto-actifs.

La lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (BC/FT dans le jargon des experts) est une course sans fin. La preuve avec le rapport 2017-2018 de Tracfin, la cellule nationale de renseignement financier. Présenté ce mercredi, il rappelle que certaines escroqueries bien connues (Forex, marché des diamants, sociétés éphémères) sont toujours des filières actives pour blanchir l’argent. Mais quelles sont les nouvelles tendances ?

Des associations pas très transparentes

« De notre point de vue, la connaissance des dirigeants et des activités financières des associations n’est pas assurée » assène Bruno Dalles, directeur de Tracfin. Dans son rapport, la cellule donne notamment l’exemple d’une association culturelle proposant des cours en ligne sur la tradition religieuse. Sur les 130 000 euros qu’elle a reçus en un an, près de 40 000 euros avaient été dépensés pour convenances personnelles par son président (stations-services, achats en grande surface, habillement). L’homme est en outre fiché S pour appartenance à la mouvance islamiste radicale.

Pour Tracfin, il faut mieux contrôler les associations. L’organisme demande la création d’un registre national unique (aujourd’hui ce sont les préfectures qui gèrent les registres) et une publication annuelle des bilans comptables. Elle réclame aussi la possibilité de réaliser des audits dès le premier euro de subvention publique (le seuil actuel est fixé à 153.000 euros).

Les cryto-actifs toujours aussi problématiques

Les signalements sur les crypto-actifs (Bitcoin, Ethereum) ne cessent de croître. L’année dernière, Tracfin a reçu 250 « déclarations de soupçon » dans ce domaine, soit une hausse de 44 % par rapport à 2016. Et l’organisme s’attend à franchir le cap des 500 signalements en 2018. « Ce nombre reste modeste et ne reflète pas forcément l’importance réelle des risques » note le rapport.

Certains particuliers, poursuit Tracfin, « reçoivent sur leurs comptes bancaires français des montants élevés en provenance de plateformes de change, le plus souvent étrangères. Il peut s’agir de résidents fiscaux français, qui expliquent qu’ils ont investi avec succès sur des crypto-actifs sans justifier de l’origine de leurs fonds ». Dans ce cas, il peut s’agir de blanchiment de fraude fiscale.

D’autres internautes utilisent leurs compétences pour gagner de l’argent à peu de frais. Tracfin donne l’exemple d’un informaticien qui proposait des logiciels de copie de fichiers à télécharger gratuitement. Une fois installé sur l’ordinateur de la victime, le programme exécutait une tâche « cachée », qui permettait à l’informaticien d’accumuler des bitcoins en utilisant la puissance informatique des ordinateurs infectés. En quelques semaines, il avait réussi à amasser 160.000 euros. Ses comptes ont fini par être saisis.

Les enchères en ligne surveillées de près

« Le marché de l’art reste très vulnérable aux risques de blanchiment » note le rapport, qui rappelle en outre que le pillage de musées et de sites archéologiques pendant la guerre en Syrie accroît les risques de financement du terrorisme. « Les risques sont minimisés par une partie importante de la profession » déplore Tracfin.

La cellule de renseignement alerte particulièrement sur les enchères en ligne, qui ont atteint 1,15 milliard d’euros en 2017 en France. Or, les sites servant d’intermédiaires de paiement entre le vendeur et l’acheteur ne contrôlent pas les identités. Tracfin épingle aussi les marchands d’art et les antiquaires, peu sensibles à la problématique du blanchiment de fonds alors que l’accès à leurs professions est très peu encadré.