Affaire Carlos Ghosn: Les syndicats de Renault dans l’attente avant le conseil d’administration

AUTOMOBILE Bruno Le Maire a demandé la mise en place d’une gouvernance intérimaire…

Nicolas Raffin

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Carlos Ghosn et Emmanuel Macron lors d'une visite à l'usine Renault de Maubeuge, en novembre 2018.
Carlos Ghosn et Emmanuel Macron lors d'une visite à l'usine Renault de Maubeuge, en novembre 2018. — Franck CRUSIAUX-POOL/SIPA
  • Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, est soupçonné de malversations financières au Japon.
  • L’annonce de son arrestation a fait plonger le cours du constructeur en Bourse.
  • Les syndicats espèrent que Renault ne fera pas les frais de cette affaire.

L’arrestation au Japon de Carlos Ghosn, le PDG de l’alliance Renault-Nissan, provoque des remous jusqu’en France. Alors que Nissan devrait sans grand suspense le démettre de son poste (président non-exécutif) jeudi, le conseil d’administration de Renault doit se réunir ce mardi soir pour décider également de son sort dans l’entreprise française. L’État, qui détient 15 % du constructeur au losange, s’est prononcé pour la mise en place d’une «  gouvernance intérimaire ».

« L’organe de direction de Renault doit être profondément réformé » a affirmé Bruno Azière, délégué CFE-CGC de Renault, interrogé lundi par l’AFP. Le premier syndicat du groupe demande en outre à ce qu’il n’y ait pas « de rupture de la chaîne du management ». Selon une source proche du dossier, le conseil d’administration de Renault devrait confier les rênes de l’entreprise à un tandem intérimaire formé par l’administrateur référent Philippe Lagayette et le numéro deux du groupe automobile Thierry Bolloré.

Les gouvernements français et japonais sur la brèche

« On a déjà des milliers d’intérimaires dans le groupe, de ce point de vue là Renault est rodé » ironise Fabien Gâche, délégué syndical CGT Renault. Pour lui, « peu importe la personnalité qui sera nommée, la vraie question qu’il faut se poser c’est la place de Renault dans l’Hexagone. Avec Carlos Ghosn, la part des véhicules produits en France est devenue de moins en moins importante ces dernières années ».

Pour l’instant, aucun changement de stratégie ne se profile. « L’avenir de Renault, c’est la consolidation de l’alliance [Renault-Nissan] » a exposé Bruno Le Maire ce mardi. Avec 10,6 millions de véhicules produits l’année dernière (en incluant également Mitsubishi), le groupe revendique en effet le titre honorifique de premier constructeur automobile mondial. Pour tenter d’éteindre l’incendie, les gouvernements français et japonais ont même publié un communiqué commun pour réaffirmer leur « important soutien » à l’alliance entre les constructeurs.

Surtout, cette alliance forgée depuis une vingtaine d’années serait extrêmement difficile à défaire. Prises séparément, les entreprises sont de taille modeste. Renault a assemblé 3,6 millions de véhicules en 2017, contre 5,8 millions pour Nissan et 1 million pour Mitsubishi. Auraient-ils séparément les moyens d’investir suffisamment pour faire la course en tête dans les voitures électriques et autonomes ? Rien n’est moins sûr. Surtout, le Meccano industriel mis en place entre Renault et Nissan, auquel Mitsubishi doit progressivement s’associer, les rend indispensables l’un à l’autre.

Des « sacrifices » et de « l’écœurement »

Même si le cours de Renault chute en Bourse depuis deux jours, Vincent Charlet, délégué Général du think-tank La Fabrique de l’Industrie, estime que cela n’aura pas forcément de conséquences à long terme. « Parfois un dirigeant est débarqué parce que sa stratégie est désavouée et mise en cause. Dans ce cas-là, les conséquences peuvent être graves pour l’ensemble du groupe et les territoires qu’il fait vivre. Mais là, a priori, il s’agit plus d’une défaillance individuelle ».

Reste que l’affaire a marqué les esprits au sein de l’entreprise. « Depuis 2004, Carlos Ghosn a exigé des sacrifices sociaux aux salariés, en particulier sur les conditions de travail et les salaires, rappelle Fabien Gâche. Si les faits étaient avérés, on ressentirait vraiment de l’écœurement ».