Manifestation des gilets jaunes: «Les gens ont l’impression de s’être fait avoir» sur le diesel

INTERVIEW L’économiste Philippe Waechter analyse le ressentiment qui s’exprime depuis quelques jours sur le prix des carburants…

Propos recueillis par Nicolas Raffin

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Des pots d'échappement d'une voiture diesel (Illustration).
Des pots d'échappement d'une voiture diesel (Illustration). — Michael Sohn/AP/SIPA
  • Les gilets jaunes vont manifester le 17 novembre partout en France.
  • Des millions de véhicules diesel sont encore en circulation dans le pays.
  • Le gouvernement pourrait annoncer des compensations à la hausse du carburant d’ici mercredi.

Le compte à rebours est lancé. Dans quatre jours, des milliers d’opérations « gilets jaunes » auront lieu en France pour protester contre la hausse du prix du carburant. Le mouvement, qui s’est propagé grâce aux réseaux sociaux, inquiète le gouvernement au point qu’une série d’annonces est prévue d’ici mercredi, notamment sur la prime à la conversion. Pour Philippe Waechter, chef économiste d’Ostrum AM, l’habitude d’acheter du diesel a aussi conduit à alimenter la colère.

Selon vous, ce n’est pas seulement la hausse du prix du carburant qui a provoqué la colère des « gilets jaunes ». Pourquoi ?

Ce mardi, la Dares [l’organisme statistique du gouvernement] a publié l’évolution du salaire pour les ouvriers et employés. On observe que sur les deux premiers trimestres de 2018, leur salaire brut de base a augmenté moins vite que l’inflation. Cela joue sur le pouvoir d’achat [même si la baisse des cotisations en octobre est venue contrebalancer le phénomène].

L’autre point est lié à la politique autour du diesel. Pendant trente ans, on a mis l’accent dessus. Les constructeurs automobiles ont capté une rente significative puisque les diesels étaient vendus plus cher sous prétexte qu’ils étaient plus performants et que le carburant était bon marché. Résultat, tout le monde s’est rué dessus et aujourd’hui vous avez 20 millions de voitures qui roulent au diesel.

Du coup, même si l’alourdissement de la fiscalité était prévu de longue date, les gens ont l’impression de s’être fait avoir. Tant que ce changement n’était pas acté, de nombreux automobilistes n’ont pas anticipé le bouleversement. Le grand bénéficiaire, ce ne sont plus les constructeurs mais l’État, qui va capter ce surplus sur le prix du diesel pendant un petit moment.

Quelles sont les conséquences pour ceux qui ont investi dans un diesel ?

Ceux qui possèdent déjà une voiture ne pourront pas forcément en changer tout de suite, puisque l’achat d’un véhicule représente un coût important. Par ailleurs, le marché de l’occasion diesel s’effondre. Vous n’allez plus acheter un modèle diesel parce que ce n’est plus aussi attractif. Pour ceux qui roulent au diesel, c’est la double peine : vous payez le carburant plus cher et vous ne pourrez pas revendre votre voiture dans de bonnes conditions.

L’Etat doit-il faire un geste pour les automobilistes concernés ?

Le gouvernement a dit depuis longtemps qu’il allait davantage taxer le diesel. Il a été très transparent. Que les gens n’en tiennent pas compte, ce n’est pas la faute de l’État. C’est un peu la logique du « nul n’est censé ignorer la loi ». Il n’y a pas forcément de compensation à prévoir.

Pour les gros rouleurs, on pourrait réfléchir à une manière de compenser. Mais en réfléchissant autrement, on peut aussi dire que lorsque vous habitez loin d’un centre-ville, votre logement coûte moins cher, vous bénéficiez peut-être d’un jardin, etc. Donc, est-ce que payer plus cher l’essence n’est pas une contrepartie à ce bien-être supplémentaire ? Est-ce que c’est vraiment à l’État, c’est-à-dire nous, de le compenser ? La question se pose.