Bordeaux: Pourquoi Le Bon Angle a dû changer de nom après avoir été menacée de poursuites par Le Bon Coin

NOM DE NOM Le jeune entrepreneur Yann Buanec a dû changer le nom de son entreprise après avoir été menacé de poursuites pour contrefaçon par Le Bon Coin…

Mickaël Bosredon

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Yann Buanec a dû changer le nom de son entreprise Le Bon Angle en Newsroom 365, après avoir été attaqué par Le Bon Coin
Yann Buanec a dû changer le nom de son entreprise Le Bon Angle en Newsroom 365, après avoir été attaqué par Le Bon Coin — Le Bon Angle
  • En raison de sa notoriété, Le Bon Coin attaque les noms de domaine comportant « Le Bon ».
  • Yann Buanec en a fait les frais avec sa jeune entreprise Le Bon Angle, même si celle-ci n’évolue pas du tout dans le secteur des petites annonces en ligne.

On n’utilise pas le terme « Le Bon » comme bon nous semble… Le jeune entrepreneur bordelais Yann Buanec vient de l’apprendre à ses dépens. Cet ancien rédacteur en chef du Journal des Entreprises à Bordeaux a monté sa propre boîte, Le Bon Angle, en janvier dernier. Une société qui propose du contenu éditorial – web, réseaux sociaux, live… – essentiellement à destination des entreprises régionales. Rien à voir, donc, avec les petites annonces en ligne.

Pourtant, il y a un mois, Yann Buanec reçoit un mail du service juridique de Schibsted France, le propriétaire du Bon Coin [Schibsted est également le groupe norvégien qui a lancé 20 Minutes France, dont il est resté actionnaire jusqu’en 2016]. « Il me donnait cinq jours pour changer de nom, estimant que "Le Bon Angle" était une contrefaçon du nom "Le Bon Coin". Au début, j’ai cru à une blague. Mais j’ai vite compris qu’il s’agissait d’un vrai mail d’avocat, très sérieux. »

« Contrefaçon », « concurrence déloyale » et « parasitisme »

Et comment. Non seulement Schibsted accuse Le Bon Angle de « contrefaçon », mais aussi d' « atteinte à la renommée de la marque « Le Bon Coin » », de « concurrence déloyale » et de « parasitisme. » « Il est incontestable, assure le service juridique dans le mail envoyé à Yann Buanec, que vous avez intentionnellement imité notre nom afin de tirer indûment profit de sa renommée et de son référencement […] créant un risque de confusion dans l’esprit des internautes quant à l’existence d’un lien entre “Le Bon Angle” et “Le Bon Coin”. »

« Jamais je n’avais fait de lien entre “Le Bon Angle” et “Le Bon Coin”, assure Yann Buanec, et lorsque j’ai déposé ce nom à l'Inpi [Institut national de la propriété industrielle], personne ne m’a fait de remarque dans ce sens non plus. Je n’en avais pas eu depuis la création de l’entreprise. Je suis tombé des nues. »

Quand « Le Bon Coin » attaque tous les noms comportant « Le Bon »

Le jeune entrepreneur se rapproche alors d’un conseil juridique. « Lequel a constaté que “Le Bon Coin” attaque effectivement tous les noms comportant “Le Bon”. Et que généralement, il gagne. » Ainsi en 2017, l’Inpi avait donné raison au Bon Coin qui avait attaqué « Le Bon Staff », puis « Le Bon Breizh Le Bon Breton ». Au moins sept noms de marques ont ainsi été attaqués par « Le Bon Coin ».

« Notre site “Le Bon Coin”, comme l’a reconnu l’Inpi, jouit d’une exceptionnelle notoriété », explique le service juridique de Schibsted, qui en veut pour preuve « une étude réalisée en 2014 par le magazine 60 millions de consommateurs, révélant que 96 % des Français le connaissent. »

Dans le cas présent, il y avait en plus la similitude entre les termes « coin » et « angle ». Même si, comme le souligne le journaliste bordelais, « un angle en journalisme est un terme connu et bien défini. »

« Pour moi, “Le Bon” est un terme générique qui n’appartient à personne »

Dès lors, Yann Buanec se voit mal s’aventurer dans un procès. « Cela m’a fait mal au cœur, car ce nom, j’y tenais, et j’avais mis un moment à le trouver. Et puis, je ne suis tellement pas dans le même secteur qu’eux, peste-t-il. Enfin, soyons sérieux : “Le Bon Coin”, qui est une vraie machine de guerre à côté de moi, qui m’accuse de parasitisme, cela ne tient pas la route. J’ai appris au passage que plus une marque est grosse, plus elle a de droits, quand bien même je considère toujours que “Le Bon” est un terme générique qui ne peut appartenir à personne. Au final, que vouliez-vous que je fasse ? Je me suis résigné à changer de nom. Même si cela m’a pris beaucoup de temps et coûté de l’argent de changer mes cartes, les outils graphiques… »

« Le Bon Angle » est ainsi devenu « Newsroom 365 » il y a quelques jours. La jeune entreprise poursuit malgré tout son développement, puisqu’après avoir embauché une personne, Yann Buanec s’apprête à recruter deux autres collaborateurs.