Ascoval: L’entreprise pas encore sauvée, les salariés toujours dans l’incertitude

INDUSTRIE La question du financement reste encore à résoudre…

Nicolas Raffin

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Bart Gruyaert président fondateur d'Altifort le 31 octobre 2018 à Bercy.
Bart Gruyaert président fondateur d'Altifort le 31 octobre 2018 à Bercy. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Une réunion sur l’avenir de l’aciérie Ascoval s’est tenue mercredi à Bercy.
  • L’exécutif se donne jusqu’à « début décembre » pour boucler le dossier de reprise.
  • Un rapport souligne le besoin de trouver rapidement des nouveaux clients et de l’argent frais.

Les 281 salariés de l’aciérie Ascoval située près de Valenciennes (Nord) espéraient une « fumée blanche » après la réunion de ce mercredi à Bercy avec tous les acteurs du dossier. Finalement, ils devront encore attendre avant de connaître le destin de leur entreprise, menacée de fermeture depuis des mois. « Il reste encore pas mal de choses à valider » a reconnu Bruno Kopczynski, porte-parole de l’intersyndicale, qui a assisté à la table ronde.

De fait, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire est resté assez prudent au moment d’évoquer l’avenir de l’entreprise. Il a d’abord salué « l’unité » qui s’était créée entre l’État, les représentants des salariés, et Altifort, le repreneur potentiel. « Nous nous battons pour que le site puisse continuer à vivre » a-t-il martelé. Mais il a aussi précisé que pour que la reprise de l’entreprise soit effective, il fallait « consolider le plan de financement ».

Trouver du financement et des clients

D’après le cabinet Roland Berger, qui a réalisé dans l’urgence une analyse indépendante sur la situation d’Ascoval, « le plan de reprise d’Altifort fait apparaître un besoin de financement pouvant atteindre 180 millions d’euros ». Altifort s’est pour l’instant engagé sur 20 à 30 millions d’euros, la région Hauts-de-France sur 12 millions, et la métropole de Valenciennes sur 10 millions. L’État s’étant également engagé à apporter son soutien, il resterait donc environ 50 millions d’euros à trouver. Bruno Le Maire s’est donné jusqu’à « début décembre » pour boucler le dossier.

Le financement n’est pas le seul problème à régler. Dans la synthèse de leur étude consultée par 20 Minutes, les experts de Roland Berger soulignent aussi qu’Ascoval devra rapidement trouver de nouveaux clients et remplir son carnet de commandes « avant même la reprise effective ». L’aciérie était jusqu’ici complètement dépendante de la société Vallourec, qui était à la fois son actionnaire et son seul client. En difficulté, elle a exclu tout nouvel apport financier.

« Le personnel est à bout »

Le nouveau délai annoncé mercredi ne réjouit pas tout le monde. « Cela va être très long pour les salariés, a déploré Bruno Kopczynski. On a franchi un pas aujourd’hui [mercredi], mais on a perdu énormément de temps ». « Le personnel est à bout » a poursuivi Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France, qui se bat pour éviter la fermeture de l’aciérie aux côtés d’autres élus comme Fabien Roussel (député PCF du Nord).

Malgré l’incertitude sur leur avenir, Bruno Le Maire a demandé aux salariés d’Ascoval de « reprendre le travail » le plus vite possible. « Si l’aciérie est à l’arrêt, c’est compliqué de convaincre les investisseurs », souligne une source proche du dossier. Un redémarrage pourrait en outre permettre un report de l’audience devant le tribunal de Strasbourg, qui doit normalement se prononcer sur l’offre de reprise dans une semaine.

Les élus mobilisés pour Ascoval attendent aussi un geste d’Emmanuel Macron. Le président de la République sera en effet dans le Nord la semaine prochaine pour commémorer le centenaire de la Première guerre mondiale. Selon Fabien Roussel, « le président ne peut pas venir dans notre région sans appeler à soutenir notre projet ». D’autant plus que le chef de l’État doit prononcer un discours sur l’industrie…