A quoi pourrait ressembler l’«agence de reconversion» des fonctionnaires?

FONCTION PUBLIQUE Le dispositif sera mis en place à la fin de l’année 2019…

Nicolas Raffin

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Le ministère de l'Economie et des Finances à Bercy.
Le ministère de l'Economie et des Finances à Bercy. — Mario FOURMY/SIPA
  • Le Premier ministre a annoncé la création d’une « agence de reconversion » pour les fonctionnaires.
  • Elle va s’inspirer de « Défense mobilité », qui aide les soldats à se reclasser.
  • Les syndicats demandent qu’elle ne soit pas un outil pour supprimer des postes.

Lors de la présentation de son plan pour réformer la fonction publique, Edouard Philippe a troqué son costume de Premier ministre pour celui de manager. Il a dévoilé une « boite à outils » pour un Etat plus « efficace ». Parmi les annonces : la création d’ici un an d’une « agence de reconversion » pour les fonctionnaires.

A quoi servira-t-elle exactement ? Le secrétaire d’État Olivier Dussopt a donné quelques pistes lors de sa rencontre ce mardi avec les syndicats. Cette agence devrait permettre « un appui à la mobilité et aux transitions professionnelles, pour accompagner les projets d’évolution des agents publics ». Comme l’a expliqué Edouard Philippe, elle reprendra le modèle de « Défense mobilité », l’agence de l’armée qui aide les militaires à retourner à la vie civile.

« C’est une mobilité subie »

Pour Christophe Couderc, secrétaire général de la CGT-Services publics, « le gouvernement veut mettre en place un plan de licenciement dans la fonction publique. C’est à ça que va servir l’agence de reconversion. Le cap pour l’exécutif, c’est qu’il faut 50.000 suppressions de poste dans la fonction publique d’État et 70.000 dans la fonction publique territoriale (collectivités, mairies, etc). Tout le reste, c’est de l’habillage ».

Même si le gouvernement a toujours affirmé que les départs se feraient sur la base du volontariat, le syndicaliste n’en croit pas un mot. « On peut très bien pousser un agent à s’en aller, affirme Christophe Couderc. Quand on ne vous donne plus les moyens humains, financiers, matériels pour faire votre travail, vous n’avez qu’une envie : c’est de partir. C’est une mobilité subie. »

Quel est le but de l’agence ?

Tous les syndicats ne sont pas sur cette ligne. « Pour nous, il faut que toutes les possibilités soient présentées aux agents qui auront recours à l’agence, souligne Mylène Jacquot, de la CFDT. Il doit avoir le choix entre des postes dans la fonction publique et dans le privé. Aujourd’hui la mobilité entre ministères est compliquée parce que les offres d’emploi ne sont pas forcément communiquées à tous les fonctionnaires ».

Qu’en dit le gouvernement ? Le discours tenu par l’exécutif est ambivalent. D’un côté, Olivier Dussopt précise bien que l’agence de reconversion interviendra « à [la] demande » des agents pour faciliter les « mobilités interministérielles et inter-fonctions publiques ». De l’autre, le secrétaire d’État reconnaît aussi qu’il s’agit de s’inspirer du savoir-faire de Défense mobilité, « notamment en matière de reconversion vers le secteur privé ».

Les futures discussions devraient donc porter sur le but final de l’agence : pousser les fonctionnaires vers la sortie ? Leur proposer d’abord un autre poste dans la fonction publique ? Leur offrir un choix « neutre » ? Mylène Jacquot prévient : « on ne souhaite pas que la future agence de reconversion soit utilisée pour supprimer des postes de fonctionnaires ». Les syndicats ont un an pour obtenir des clarifications.