Nord: Ascoval obtient un nouveau sursis auprès du tribunal de Strasbourg

INDUSTRIE La décision du tribunal de commerce de Strasbourg sur le sort de l'aciérie de Saint-Saulve a été reportée au 7 décembre...

Mikael Libert

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L'aciérie Ascoval, à Saint-Saulve, dans le Nord.
L'aciérie Ascoval, à Saint-Saulve, dans le Nord. — F.Lo Presti/AFP
  • L’aciérie Ascoval est en redressement judiciaire.
  • La justice doit se prononcer sur une offre de reprise ou sur la liquidation.
  • Vallourec, le vendeur, a refusé l’offre d’Altifort pourtant plébiscitée par les salariés.

Un sursis pour la forme ? Mercredi matin, le tribunal de commerce de Strasbourg a reporté de deux semaines sa décision sur la reprise ou le placement en liquidation judiciaire de l’aciérie Ascoval, à Saint-Saulve, dans le Nord. Trois questions pour comprendre la situation.

Pourquoi l’aciérie de Saint-Saulve cherche un repreneur ?

En janvier 2017, Vallourec, propriétaire de l’aciérie de Saint-Saulve, a cédé une participation majoritaire (60 %) du site à l’industriel belge Ascométal. Le site a pris le nom d’Ascoval. A l’époque, le projet d’Ascométal était de diversifier les activités de l’usine, centrées sur les secteurs du gaz et du pétrole, vers l’automobile et le ferroviaire.

Sauf que, selon la CGT, « un fiasco dans la gouvernance » a fait tomber ce beau projet aux oubliettes. Financièrement, Ascométal était mal en point. Le groupe a d’ailleurs été placé en liquidation et repris par le groupe Schmolz + Bickenbach en février 2018. Une reprise dont a été exclue l’aciérie de Saint-Saulve. Dès lors, un accord de poursuite de l’activité « à minima » de l’aciérie a été négocié le temps de trouver un repreneur.

Pourtant, l’usine est loin de tomber en ruines. Au cours des dix dernières années, 150 millions d’euros ont été investis pour la moderniser. La capacité de production a d’ailleurs été augmentée pour atteindre 500.000 tonnes d’acier en 2018.

Pourquoi le projet de reprise bloque ?

Selon le ministère de l’Economie, « plus d’une centaine de repreneurs potentiels ont été approchés ». Deux offres ont été déposées et c’est celle, « ferme », du groupe franco-belge Altifort qui a davantage retenu l’attention des élus locaux et des 281 salariés de l’entreprise. Le projet de reprise prévoyait, notamment, d’investir sur le site à hauteur de 140 millions pour la création d’un train à fil permettant de diversifier les débouchés. Cependant, le repreneur potentiel avait conditionné son offre de reprise à un subventionnement de la part de Vallourec à hauteur de 51 millions. Ce que Vallourec a refusé.

Entre autres arguments, Vallourec estime aussi « que les besoins de financement du projet ont été largement sous-évalués » par Altifort qui compte sur « d’hypothétiques prêteurs et investisseurs ».

A quoi peut-on s’attendre pour la suite ?

Le tribunal a reporté sa décision au 7 décembre, il reste donc deux semaines pour trouver une solution. « Il faut une volonté politique, assure Philippe Verbeke de la CGT sidérurgie. L’Etat pourrait s’arranger pour débarquer la direction de Vallourec dont il est actionnaire. Car c’est cette même direction qui bloque le projet de reprise », estime-t-il.

Le gouvernement a réaffirmé son intention de « prendre sa part de l’effort financier ». Mais cet « effort » est conditionné à l’obtention de financements équivalents de la part de partenaires privés.

« Sur les 51 millions demandés au départ par Altifort, nous avons pu ramener cette somme à 35 millions environ, poursuit le syndicaliste. Ce n’est rien comparé au coût social qui serait engendré par la fermeture d’Ascoval, poursuit-il. » Car, outre les 281 salariés du site, de nombreux emplois indirects seraient impactés. « Des milliers », avance la CGT.