Strasbourg: Candidat au rachat du site Ford de Blanquefort, comment le Belge Punch a relancé une usine General Motors

ECONOMIE Souvent citée en exemple à l’heure des discussions sur l’avenir du site Ford de Blanquefort (Gironde), l’usine de fabrication de boîtes de vitesses de Strasbourg (Bas-Rhin) reprise par le groupe Punch en 2013 se porte bien…

Bruno Poussard, avec Gilles Varela

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Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, visite une usine d'équipements automobiles, Punch Powerglide, à Strasbourg le 27 avril 2015
Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, visite une usine d'équipements automobiles, Punch Powerglide, à Strasbourg le 27 avril 2015 — Frédérick Florin AFP
  • Citée en exemple lors des discussion sur l'avenir de Ford à Blanquefort (Gironde), l'usine de Strasbourg (Bas-Rhin) a été reprise en 2013 par Punch.
  • Depuis, le site alsacien de fabrication de boîtes de vitesses a maintenu ses emplois et même embauché, en plus du lancement d'une nouvelle ligne.

Candidat à la reprise du site de Blanquefort (Gironde) de Ford Aquitaine Industries, la société belge Punch présente ce mardi son plan aux salariés de l’usine de fabrication de boîtes de vitesses. Tandis que le constructeur automobile américain privilégie une fermeture sèche, le  ministre français de l’Economie soutient justement Punch, mettant son passé en avant.

Si Bruno Le Maire insiste sur « sa bonne réputation » et « sa capacité à reprendre une activité industrielle », c’est que l’équipementier belge s’est illustré en Alsace ces dernières années. D’abord à Strasbourg, dans le quartier du Port du Rhin. Où le fabricant General Motors (GM) s’est retiré (comme dans toute l’Europe) de son usine de boîtes de vitesses lancée en 1968.

Une reprise entérinée après de longues tractations

Petit flashback. Patron de Punch Metals International, Guido Dumarey, au surnom de « Bernard Tapie belge », s’est vite positionné - comme à Blanquefort. Après tractations, la reprise du site aux 990 salariés a été entérinée pour un euro symbolique début 2013. « Il fallait tout faire pour ne pas fermer », se souvient Frank Becker de l’Adira, agence de développement d’Alsace.

« Nous étions une entreprise qui marchait très bien, avec des millions d’euros de bénéfice par an, recadre Michael Lembré, représentant de la CGT sur le site. Il n’y avait pas de barre à redresser, ce n’était pas une société en faillite. General Motors Corporation voulait se débarrasser de l’usine de Strasbourg, ne plus investir dedans. C’est pour ça qu’on a été mis en vente. »

Des emplois maintenus et de nouvelles commandes

Les salariés se sont alors battus. Tandis que les collectivités ont aidé à la mise en place des discussions, les délégués syndicaux du site aujourd’hui nommé Punch Powerglide ont notamment milité pour la mise en place d’un fonds de garantie pour accompagner la reprise. Au final, GM a laissé au repreneur 100 millions d’euros environ sur le compte courant de l’usine strasbourgeoise.

En plus, le constructeur s’est engagé à assurer des commandes annuelles de 200.000 boîtes de vitesses sur trois ans. Mais GM a cependant été très exigeant dans ses demandes afin d’éviter la mauvaise presse d’un échec. Punch a alors monté un partenariat à plus long terme avec l’allemand ZF, sur des commandes pour des BMW et un projet de boîtes à huit vitesses.

Un « projet fiable » pour lequel ont poussé les salariés, d’après Michael Lembré. La ligne pour les boîtes à huit vitesses a été créée en 2014. Les emplois ont été maintenus avec leurs salaires, il n’y a pas eu de licenciement collectif et la production reste stable. Une viabilité reconnue par le délégué GCT, même s’il regrette la perte d’effectifs en CDI, face au « yoyo » de la production.

Des fonds, des promesses de commandes et un partenariat

Avec le recul, Frank Becker n’hésite pas, lui, à parler de belle histoire. « Dans le pire des cas, ça aurait pu être la plus grosse fermeture d’Alsace et six ans plus tard, il y a eu plus de 200 millions d’investissements, le nombre de salariés a augmenté (autour de 1.150, désormais), justifie le directeur délégué de l’Adira. Les annonces du repreneur ont été suivies de faits. »

« Pour qu’une reprise fonctionne, il faut trois choses : un peu d’argent pour faire tourner la boutique, des contrats mobilisables auprès de clients à court terme, et des projets au-delà des deux-trois premières années. Sans cette visibilité, personne ne sera gagnant. »

Depuis, Punch a aussi racheté l'usine de mobilier de bureau Steelcase de Wisches (Bas-Rhin) promise à la fermeture, en proposant à ses 211 salariés volontaires d’intégrer son site strasbourgeois de boîtes de vitesse. Mais tout n’a pas été si rose partout pour Punch. Dans l’Oise, le groupe belge n’a pas réussi à redresser des sites de Juy et Still, repris en 2012.

Alors Punch Powerglide est-il vraiment un modèle pour le site girondin de Ford ? Le parallèle paraît compliqué. « Ford, ça fait dix ans qu’on menace de fermer, la situation est moins stable », estime Michael Lembré. Pour Frank Becker aussi, impossible de calquer une situation sur une autre : « Ce qu’on sait, c’est qu’en Alsace, ça a marché et que Punch a acquis une crédibilité. »