C'est quoi le «nudge», la pratique permettant aux entreprises de devenir facilement plus écolo?

INNOVATION Le « nudge » va (peut-être) sauver le monde. A Marseille, il évite déjà à quelques mégots de finir dans la mer Méditerranée. Portrait d’un auto-entrepreneur qui prêche la bonne parole, parfois en vain…

Jean Saint-Marc

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Exemple de nudge : un cendrier ludique.
Exemple de nudge : un cendrier ludique. — Planète Nudge
  • Sébastien Mérigout, fondateur de Planète Nudge, a reçu ce mercredi à Marseille le prix Audace, qui récompense un auto-entrepreneur innovant.
  • Planète Nudge propose aux entreprises et aux collectivités des solutions pour rendre leur modèle économique plus durable… Sans que les salariés ne s’en rendent compte.

Il y a un an, quasiment jour pour jour, le Nobel d'économie a changé la vie de Sébastien Mérigout. Cet habitant de Châteauneuf-les-Martigues (à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Marseille) n’a pas reçu le prix – on vous en aurait parlé, quand même. C’est l’économiste américain Richard Thaler, le père fondateur du «  nudge », qui a été récompensé. Un théoricien libéral aux cheveux blancs, qui ne croit pas en la théorie du ruissellement. Pourtant, le Nobel a ruisselé jusqu’à Sébastien Mérigout. « J’ai lancé mon activité en juillet 2017… En octobre, Thaler reçoit le Nobel. Comme on est sur des méthodes nouvelles, ça m’a beaucoup aidé à rassurer les interlocuteurs, ça m’a donné une caution », raconte Sébastien Mérigout, qui, un an plus tard, est encore « en phase d’évangélisation. »

Sébastien Mérigout a su convaincre le jury du prix Audace.
Sébastien Mérigout a su convaincre le jury du prix Audace. - Planète Nudge

Il a prêché la bonne parole devant le jury du prix Audace, ce mardi, à Marseille. Et il a été entendu : la fondation Le Roch - Les Mousquetaires lui attribue 4.000 euros, ce mercredi. Maryvonne Le Roch-Nocera, vice-présidente de la fondation, a été séduite par sa pédagogie : « Il a commencé par nous montrer une image : deux mains qui applaudissent. Et juste à côté, un buzzomètre. Plus on applaudissait, plus on activait la mesure. On a compris sans qu’il nous l’explique. »

Fausses mouches dans les urinoirs

C’est le principe du nudge, explique (!) Sébastien Mérigout : « On passe par des ressorts qui font que la personne n’a pas conscience de l’action qu’on lui fait faire. On travaille sur l’automatisme, le jeu, pour changer les comportements. » L’exemple le plus connu : de fausses mouches collées au fond des urinoirs de l’aéroport d’Amsterdam. L’expérience a permis à l’aéroport de réduire de 80 % ses dépenses de nettoyage des toilettes pour hommes.

Un exemple frappant, mais qui ne facilite pas la vie de Sébastien Mérigout : « Le problème, c’est que les gens se disent “un nudge, ce n’est pas cher !”. Effectivement, l’autocollant n’a pas coûté cher. Mais avant ça, il y a tout un processus, des études ethnologiques, un nudge lab pour trouver des solutions, les tester, les déployer… Et ça, ça demande un certain budget ! »

C’est là que Sébastien Mérigout intervient, en proposant ses services – payants, donc – aux entreprises et aux collectivités qui veulent rendre plus écologiques les pratiques de leurs salariés. Encore un exemple : avec l’association marseillaise Recyclop, l’auto-entrepreneur a conçu un cendrier ludique qui récolte, dit-il, « 45 % de mégots en plus par rapport à un cendrier classique ».

Comme le dit le proverbe, il n’y a pas de petite victoire. Sébastien Mérigout rêve toutefois de succès bien plus grands : « Avant, quand j’étais dans la com' et dans la pub, je bossais pour des boîtes comme Coca-Cola, qui ne correspondent pas à mes valeurs. Aujourd’hui, si je bosse pour Coca, ce sera pour faire évoluer le modèle économique vers quelque chose de plus durable. » Et s’il y arrive, c’est le prix Nobel de la paix qu’il faudra lui filer.