«On en a assez qu’Emmanuel Macron vienne se servir dans nos poches»… Les retraités dans la rue contre la baisse de leur pouvoir d’achat

REPORTAGE Une pétition a été remise ce mercredi aux députés de la majorité…

Nicolas Raffin

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Des retraités manifestent contre la hausse de la CSG, le 15 mars 2018 à Paris.
Des retraités manifestent contre la hausse de la CSG, le 15 mars 2018 à Paris. — SEVGI/SIPA
  • Neuf organisations syndicales de retraités ont manifesté ce mercredi à Paris.
  • La faible revalorisation des pensions et la hausse de la CSG passent très mal.
  • Certains députés LREM émettent des doutes sur le cap choisi par le gouvernement.

Ils sont de retour, et ce ne sera sûrement pas leur dernier round. Ce mercredi, pour la quatrième fois depuis l’élection d’Emmanuel Macron, les retraités sont descendus dans la rue. Ils répondaient à l’appel de neuf organisations syndicales très critiques sur la politique du gouvernement visant les seniors. L’année dernière, l’augmentation de la CSG – pour environ 60 % d’entre eux, soit 7,5 millions de personnes – était déjà très mal passée. Autant dire que la faible revalorisation des pensions prévue en 2019 (0,3 %, bien en dessous de l’inflation) n’a pas calmé la colère.

Une centaine de manifestants venus de toute la France se sont donc retrouvés place de la République à Paris pour exprimer leur lassitude face au pouvoir. « On en a assez qu’Emmanuel Macron vienne se servir dans nos poches, s’exclame Pierre, retraité du privé depuis 2014. C’est facile de s’attaquer à nous. On aimerait bien qu’il ait un peu plus de courage pour aller chercher l’argent là où il est, c’est-à-dire chez les fraudeurs fiscaux. »

« Si en plus on s’attaque à nos pensions… »

« Depuis le début de l’année, j’ai 45 euros en moins par mois sur ma pension, souligne Nicole. Le fait que les retraites ne soient plus indexées sur l’inflation, ça ne va pas du tout. C’est un changement des règles. Nous ne voulons plus être sanctionnés. » A côté d’elle, son amie Hélène hoche la tête. Elle part à la retraite en décembre prochain et elle n’est pas rassurée : « Notre génération doit aider à la fois des parents qui sont très âgés et qui n’ont pas les moyens de payer la maison de retraite, mais aussi des enfants qui démarrent leur vie active et qui doivent se loger dans des villes comme Paris. Si en plus on s’attaque à nos pensions, ça devient compliqué ».

Ce sentiment partagé par plusieurs manifestants se retrouve dans une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) publiée la semaine dernière. Elle affirme, après analyse des différentes mesures socio-fiscales du budget 2019, que le pouvoir d’achat des retraités va baisser en moyenne de 200 euros l’année prochaine. Au total, 73 % des ménages comptant au moins une personne à la retraite seraient « perdants ».

Doutes dans la majorité

L’exécutif, à l’instar de Bruno Le Maire, n’a jamais caché qu’il demandait « un effort » aux retraités. Pour contrer la grogne, plusieurs mesures sont mises en avant : la revalorisation du minimum vieillesse (Aspa) et l’exonération de la hausse de la CSG pour 300.000 personnes supplémentaires. « C’est insuffisant, estime Colette, déléguée FSU de la Seine-et-Marne. C’est la politique globale du gouvernement qui est à revoir ».

Pour appuyer ces demandes, une délégation s’est d’ailleurs rendue ce mercredi devant l’Assemblée nationale afin de remettre une pétition aux députés LREM. Les 200.000 signataires réclament l’annulation de la hausse de la CSG et la revalorisation de toutes les pensions. Si leur initiative n’a pour l’instant pas fait bouger le gouvernement, elle a alerté plusieurs élus de la majorité.

En septembre, 39 députés LREM ont ainsi cosigné une lettre à Edouard Philippe pour lui demander d’aller plus loin dans l’exonération de la hausse de la CSG, une mesure qualifiée « d’injuste ». En attendant un éventuel geste de l’exécutif, les retraités ont déjà prévu de se remobiliser, le 18 octobre prochain, avec plusieurs manifestations dans toute la France.