Mondial de l'auto: Un boom de la voiture électrique… en Chine?

AUTOMOBILE Le Mondial de l’auto, qui ouvre ce jeudi à Paris, sera l’occasion de voir de nouveaux modèles de véhicules électriques. Le signe de bonne santé d’un marché en devenir ? Une chose est sûre : l’avenir, s’il y en a un, passe par la Chine…

Fabrice Pouliquen

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Carlos Ghosn, patron de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, présente la Renault K-ZE, nouveau véhicule 100% électrique de la marque, le 1er octobre 2018. Elle sera destinée au marché chinois.
Carlos Ghosn, patron de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, présente la Renault K-ZE, nouveau véhicule 100% électrique de la marque, le 1er octobre 2018. Elle sera destinée au marché chinois. — ERIC PIERMONT / AFP
  • Le Mondial de l’auto s’ouvre ce jeudi et pour dix jours à Paris. L’événement a été choisi par plusieurs constructeurs pour dévoiler leurs nouveaux modèles de véhicules électriques.
  • Le manque de choix, l’un des freins identifiés au développement de la voiture électrique, est en passe d’être levé. Reste le prix et l’autonomie, encore problématiques notamment sur les marchés occidentaux.
  • En revanche, tout va très vite en Chine. Le pays n’a jamais réussi à accrocher le wagon sur les voitures thermiques et espère bien être le premier à prendre le virage du 100 % électrique.

La K-ZE chez Renault, la E-Tron chez Audi, l’EQC pour Mercedes, la DS3 Crossback du groupe PSA sans oublier le Model 3 de Tesla… Le Mondial de l’Auto qui s’ouvre ce jeudi et pour dix jours à Paris, sera l’occasion d’entrevoir toute une série de nouveaux modèles de véhicules électriques.

Le signe que le véhicule électrique décolle enfin ? Les vrais débuts remontent à 2010, du moins en France avec la commercialisation de la Peugeot Ion, situe l’Avere (Association nationale pour le développement de la mobilité électrique). Mais à ce jour, le démarrage s’est fait en mode « diesel ». L’ Agence internationale de l’énergie (AIE) chiffrait à près de 3,1 millions le nombre de voitures électriques dans le monde à la fin 2017, dont 500.000 en Europe. Une goutte d’eau sur le milliard de voitures en circulation sur la planète.

« La Chine n’a pas ménagé ses efforts »

« Le manque de choix est l’un des freins identifiés à l’essor des véhicules électriques, pointe Mathieu Chiara, responsable communication à l’Avere. Depuis quelques années, il est en passe d’être levé. » Il en reste toutefois deux majeurs. Le prix d’abord. Un modèle électrique est en moyenne 10.000 euros plus cher que son équivalent thermique. L’autonomie ensuite. L’Avere publie tous les deux ans une étude sur les besoins et les demandes des Français sur la mobilité électrique. « Dans la dernière édition, ils se disaient prêts à passer à l’électrique lorsque les batteries auront une autonomie de 500 km, glisse Mathieu Chiara. Autrement dit, lorsque le véhicule électrique pourra être la voiture principale du foyer. Nous n’y sommes pas encore. La nouvelle BMW I3, qui sera aussi présentée aussi au Mondial de l’auto, a une autonomie de 350 km.»

Ces problèmes seront-ils rapidement résolus ? Difficile de le prédire, même pour les experts du marché. En revanche, il y a un point sur lequel beaucoup s’accordent : l’avenir du véhicule électrique passera en grande partie par la Chine. D’une poignée de voitures vendues en 2009, le pays devrait en écouler plus d’un million en 2018, s’adjugeant une bonne moitié des ventes mondiales. « En l’espace d’une décennie, ce pays a réussi à créer de toutes pièces une filière industrielle dont l’essor spectaculaire pourrait à terme rebattre les cartes du marché mondial de l’automobile », analyse France Stratégie, institut public d’expertise rattachée au Premier ministre, dans une note publiée vendredi dernier. « Le pays n’a pas ménagé ses efforts, fixant les objectifs de production, multipliant les subventions à l’achat, encourageant les joint-ventures [coentreprises] avec des entreprises occidentales, érigeant des barrières protectionnistes », poursuit le rapport. Et la Chine affiche ses ambitions, en visant les deux millions de véhicules électriques vendus en 2020 sur son marché intérieur, sept millions en 2025 et 16 millions en 2030.

Un « saut-de-mouton » qui entraîne tout le monde ?

Pourquoi tant d’allant ? Le souci de limiter la pollution dans les villes ? Le désir d’engager la transition énergétique ? Il y a peut-être de cela oui. « Il s’agit bien plus d’une politique industrielle, estime Bérengère Mesqui, directrice du département développement durable et numérique à France Stratégie. La Chine n’a jamais réussi à se hisser parmi les grands constructeurs de véhicules thermiques. Mais la voiture électrique est plus simple technologiquement et la Chine contrôle en outre la chaîne d’approvisionnement des métaux rares, nécessaires à la confection des batteries. »

Bref, avec la mobilité électrique, la Chine a une occasion en or de se replacer sur le marché automobile. De faire un « saut-de-mouton » technologique, précise France Stratégie. Si l’Empire du milieu se concentre dans un premier temps sur son immense marché intérieur, cette nouvelle donne pourrait avoir rapidement des répercussions bien plus larges. « Si le marché se développe, on peut déjà espérer des économies d’échelles et une baisse donc des prix, reprend Bérengère Mesqui. La politique chinoise pourrait aussi avoir pour conséquence d’accélérer le basculement des constructeurs occidentaux vers les modèles électriques. » Au risque sinon de se fermer les portes de l’immense marché chinois. Au risque aussi de se voir doubler à terme, sur leurs propres marchés, par des start-up chinoises spécialisées dans les véhicules électriques. France Stratégie n’exclut pas dans sa note que certaines parviennent un jour à damer le pion à Tesla.

Renault y travaille déjà avec sa K-ZE. N’espérez pas la voir tout de suite en France : ce nouveau véhicule 100 % électrique est destiné au marché chinois, à un prix bas pour concurrencer les modèles des concurrents locaux. Elle sera fabriquée à Wuhan, dans le centre du pays, sur le site de l’ entreprise Dongfeng, partenaire chinois du constructeur français.