La dette française proche des 100 % du PIB: C’est grave docteur ?

FINANCES PUBLIQUES Le diagnostic est plutôt rassurant (pour le moment)...

Nicolas Raffin

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Cette dette ne serait-elle pas un peu trop lourde?
Cette dette ne serait-elle pas un peu trop lourde? — MARY EVANS/SIPA
  • Selon l’Insee, la dette publique a atteint les 99 % du PIB au deuxième trimestre 2018.
  • Les économistes rappellent que ce seuil est surtout symbolique, surtout dans un contexte où les taux d’intérêt sont bas.
  • L’inquiétude se porte plus sur la dette privée, celle des ménages et des entreprises.

« Je suis à la tête d’un Etat en situation de faillite » proclamait François Fillon en septembre 2007, alors que la dette française approchait les 65 % du PIB. Onze ans plus tard, la dette publique frôle les 100 % du PIB - 99 % exactement, selon les derniers chiffres publiés par l’Insee ce vendredi. Pourtant, les fonctionnaires sont toujours payés, les services publics n’ont pas disparu, et le président de la République n’a pas vendu l’Elysée - même s'il a créé une boutique spéciale. Bref, l’État n’a pas fait faillite.

« Le seuil des 100 % est symbolique, note Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum AM. Il faut surtout se demander ce qu’il y a derrière. L’augmentation de la dette a eu lieu après la crise financière de 2008 : l’État a pris en charge les chocs que subissait l’économie, il a mutualisé les risques. Donc, après une décennie aussi perturbée, que la dette publique soit aussi élevée ne me contrarie pas du tout ».

Pour Eric Heyer, directeur du département Analyse et Prévision de l’OFCE, « ce chiffre est très commenté parce que les critères de Maastricht imposent aux États une dette publique inférieure à 60 %. Pourquoi ? Personne ne le sait. Aujourd’hui, personne ne peut dire quel est le bon niveau de dette publique ».

Une dette qui va baisser d’ici 2022

Où est le problème alors ? Peut-être pas dans le niveau de la dette à un instant donné, mais dans la manière dont elle peut évoluer. Chaque année, l’État doit en effet payer des intérêts – comme n’importe quel emprunteur – sur les crédits qu’il a contractés. Sauf qu’en même temps, il ne cesse de contracter de nouveaux emprunts pour pouvoir se financer, et une brusque remontée des taux d’intérêt pourrait alors amplifier le poids de la dette.

Là encore, la situation n’est pas critique. « Aujourd’hui, l’État emprunte avec un taux d’intérêt de 0,8 % sur 10 ans, remarque Eric Heyer. En tenant compte de l’inflation [autour de 1,6 %], cela veut dire que la France emprunte à un taux négatif. Par ailleurs, étant donné les prévisions de croissance, il suffit que le déficit de l’État soit inférieur à 3,3 % [le gouvernement prévoit 2,8 % pour l’année prochaine] pour que la dette baisse mécaniquement ». Lors de la présentation du budget 2019, l’exécutif a d’ailleurs indiqué qu’il comptait ramener la dette à 91,4 % du PIB en 2022.

Attention à la dette privée

Au vu de ces prévisions, Eric Heyer regrette que l’État ne lance pas de grands investissements d’avenir, comme la transition écologique. « Il faut bannir la dette qui finance la consommation d’aujourd’hui, reconnaît-il. Mais que va-t-il se passer si on ne fait pas ces investissements, qui demandent des dizaines de milliards d’euros par an ? On laissera un monde avec moins de dette publique, mais avec un système scolaire déficient, un parc immobilier déficient, un environnement dégradé. »

S’il faut s’inquiéter d’une dette aujourd’hui, « ce serait plutôt celle des acteurs privés [ménages et entreprises] qui ne cesse d’augmenter, note Philippe Waechter. Contrairement à celle de l’État, cette dette est beaucoup plus contraignante. Vous ne pouvez pas l’étaler éternellement et vous ne pouvez pas multiplier les crédits ». Or, une crise de la dette privée – par exemple si les ménages ne peuvent plus rembourser leurs crédits immobiliers – aurait un effet désastreux sur l’économie.