Budget 2019: La bataille de com' et de chiffres autour du pouvoir d'achat fait rage

FISCALITE Les gains de pouvoir d'achat promis aux ménages grâce au budget 2019 sont très variables selon les estimations…

Nicolas Raffin

— 

Gérald Darmanin et Bruno Le Maire sortent du Conseil des ministres à l'Elysée, le 24 septembre 2018.
Gérald Darmanin et Bruno Le Maire sortent du Conseil des ministres à l'Elysée, le 24 septembre 2018. — Lewis JOLY/SIPA
  • Le gouvernement a présenté ce lundi son projet de loi de finances 2019.
  • Il annonce 6 milliards d’euros de baisses d’impôts pour les ménages.
  • Mais des mesures comme la désindexation de certaines prestations sociales pourraient brouiller le message.

Le gouvernement a compris le message. L’année dernière, l’annonce du budget avait été marquée par les allégements fiscaux en faveur des ménages les plus aisés (flat-tax, remplacement de l’ISF par l’IFI) et des entreprises. Puis sont venues les critiques sur le pouvoir d’achat et la baisse de popularité d’Emmanuel Macron, catalogué «  président des riches ».

Il fallait inverser la tendance. Ce lundi, au moment de présenter le projet de loi de finances (PLF) pour 2019, Gérald Darmanin a donc sorti l’argument choc de l’amélioration du pouvoir d’achat. Le ministre du Budget a expliqué que 2019 marquerait « la plus grande baisse d’impôts pour les ménages depuis la loi TEPA [travail, emploi, pouvoir d’achat] de 2008 ». Au final, l’exécutif chiffre à 6 milliards d’euros la baisse des prélèvements obligatoires pour les ménages.

Comment arrive-t-il à ce chiffre ? La réponse se trouve dans le dossier de presse du PLF 2019 (voir ci-dessous). Bercy y liste cinq mesures favorables au portefeuille des Français, dont la baisse de 30 % de la taxe d’habitation (3,8 milliards d’euros) et la suppression de certaines cotisations salariales, remplacées par la CSG. Ces cinq mesures représentent 9,1 milliards d’euros d’allégements. En face, trois hausses de fiscalité sont annoncées, dont celle sur la « fiscalité énergétique » (le diesel notamment) et le tabac, pour un total de 3,1 milliards d’euros. En soustrayant cette somme aux 9,1 milliards, on arrive bien à 6 milliards d’euros.

Les hausses et les baisses des prélèvements obligatoires en 2019.
Les hausses et les baisses des prélèvements obligatoires en 2019. - Dossier de presse PLF 2019

Prendre en compte les prestations sociales

Le compte est bon ? Pas pour l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui a publié son analyse du budget jeudi dernier. Selon l’auteur de l’étude, Mathieu Plane, « la présentation faite par le gouvernement pose problème. Elle n’évoque que les prélèvements obligatoires. Mais il faut aussi prendre en compte l’évolution des prestations sociales, puisqu’elles ont un impact sur le budget des Français ! »

L’OFCE comptabilise donc la modification du calcul des APL – 1 milliard d’euros d’économies pour l’État – et la désindexation des retraites et des prestations familiales (elles vont augmenter de seulement 0,3 % en 2019, alors que l’inflation devrait être beaucoup plus élevée). Conclusion de l’organisme : la baisse des prestations sociales va amputer le pouvoir d’achat des ménages. Selon l’OFCE, le gain pour les ménages ne serait plus de 6 milliards d’euros, mais seulement de 3,5 milliards d’euros l’année prochaine. Et encore, ce calcul ne vaut que pour les décisions imputables à l’exécutif.

Evaluation de l'OFCE des mesures du budget 2019 sur le pouvoir d'achat des ménages.
Evaluation de l'OFCE des mesures du budget 2019 sur le pouvoir d'achat des ménages. - OFCE

« Il ne faut pas prendre les Français pour des idiots »

Dans son analyse, l’OFCE rappelle en effet que les partenaires sociaux ont décidé d’augmenter les cotisations du régime de retraite complémentaire Agirc-Arrco. Cette décision va « coûter » 1,8 milliard d’euros en 2019. Au final, les ménages gagneraient… 1,7 milliard d’euros de pouvoir d’achat, plus de trois fois moins que ce qu’avance le gouvernement.

« Ce budget ne soutient pas la croissance économique et ne réduit pas les inégalités, juge Valérie Rabault, la présidente du groupe Nouvelle Gauche à l’Assemblée. Le gouvernement est très fort dans sa communication. Mais il ne faut pas prendre les Français pour des idiots. Eux, ils savent compter ».

Les gagnants et les perdants

« L’effet du budget, les Français vont le percevoir positivement sur leur feuille de paye et sur leur feuille d’impôt, réplique Stanislas Guérini, député LREM. En 2018 on a senti une impatience. On a voulu juger l’ensemble de la politique du gouvernement au début de la première année. C’était oublier que la plupart des rendez-vous du pouvoir achat arrivent maintenant, par exemple avec la baisse de la taxe d’habitation ou la baisse des cotisations ».

Les Français jugeront donc en 2019… et ils risquent d’être plutôt divisés sur l’évolution de leur pouvoir d’achat. « Si vous êtes un salarié et que vous utilisez souvent les transports en commun, il y a de grandes chances pour que vous soyez gagnant, explique Mathieu Plane. En revanche, si vous êtes un retraité de la classe moyenne supérieure, donc sans compensation de la hausse de la CSG, et que vous utilisez souvent votre voiture au diesel, là très clairement vous serez perdant ».