«Notre plan pauvreté se chiffre à 8 milliards d’euros, c’est un choix politique très fort», affirme Benjamin Griveaux

INFO 20 MINUTES Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a répondu aux questions de «20 Minutes»...

Propos recueillis par Laure Cometti et Nicolas Raffin

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Benjamin Griveaux lors du séminaire gouvernemental organisé début septembre à l'Elysée.
Benjamin Griveaux lors du séminaire gouvernemental organisé début septembre à l'Elysée. — Jacques Witt / Sipa/SIPA
  • Le plan pauvreté du gouvernement est dévoilé ce jeudi. 
  • «20 Minutes» vous dévoile son enveloppe globale en exclusivité. 
  • Pour Benjamin Griveaux, il était urgent de mettre l'accent sur l'accompagnement des personnes en situation de précarité.

C’est au musée de l’Homme qu’Emmanuel Macron a choisi de dévoiler son « plan pauvreté » ce jeudi. Un plan que Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, présente comme une « révolution ».

En exclusivité pour 20 Minutes, il dévoile le montant total qui lui sera alloué - 8 milliards d’euros sur quatre ans - et promet notamment de raccourcir les délais du premier entretien pour les bénéficiaires du RSA. Il annonce aussi que l’obligation de formation sera fixée à l’âge de 18 ans, une manière de combattre le décrochage scolaire. Enfin, l'aide sociale à l'enfance sera être étendue jusqu’aux jeunes adultes âgés de 18 à 21 ans.

Quelle est l’approche du gouvernement pour lutter contre la pauvreté ?

C’est de mettre le travail au cœur de la lutte contre la pauvreté, mieux le rémunérer et accompagner vers l’emploi ceux qui n’en ont pas, par l’éducation et la formation. On va donc mettre plus de moyens. Notre plan pauvreté se chiffre à 8 milliards d’euros, répartis sur quatre ans. Dans un contexte où l’on fait attention à la dépense publique, c’est un choix politique très fort, et c’est notamment grâce au travail d’Agnès Buzyn.

En quoi votre plan sera-t-il différent des politiques précédentes ?

Depuis l’après-guerre, en France, on a construit l’Etat providence avec un principe qui était de dire “vous tombez dans la pauvreté, on vous aide”. C’est très bien, nous ne changeons pas cela. Les aides sociales n’ont jamais autant augmenté, le minimum vieillesse, l’allocation adulte handicapé, ont augmenté comme jamais depuis 20 ans.

Mais ça ne suffit pas et c’est le reproche que nous faisons aux politiques précédentes : elles n’ont traité que les symptômes et ne se sont pas attaquées aux causes profondes qui font que les gens tombent dans la pauvreté. Vous avez par exemple des personnes qui restent au RSA pendant des années, sans en sortir. Quand vous êtes un parent pauvre, vos enfants ont de grandes chances d’être de futurs parents pauvres. Vous ne sortez jamais du cercle infernal.

Concrètement, quelles sont vos solutions ?

Aujourd’hui, quand vous commencez à toucher le RSA, vous pouvez attendre plus de 6 mois avant d’avoir un rendez-vous, c’est invraisemblable. Le système marche sur la tête : tout est saucissonné, on a plein de guichets différents, c’est extrêmement compliqué. C’est pour ça que 30 % des gens qui ont droit au RSA n’en font même pas la demande. Désormais, au bout d’un mois maximum, chaque nouveau bénéficiaire du RSA aura un entretien pour faire le point sur ses compétences mais aussi sur ses besoins en matière de formation, de santé, de logement.

Comment allez-vous tenir ce délai ?

Il faut mettre plus de personnes en face, faire en sorte que les circuits soient plus compréhensibles et plus simples. Il faut aussi mieux former les travailleurs sociaux dont les missions doivent évoluer pour mieux s’adapter aux besoins réels des personnes, par exemple à des situations d’illettrisme, ou prendre en compte la transformation numérique. Le système sera aussi mieux fléché.

Pôle emploi aura également un rôle à jouer. Pour l’instant, il s’occupe assez peu des bénéficiaires du RSA, on veut impliquer tous les acteurs.

Les effectifs des travailleurs sociaux et des agents de Pôle emploi vont donc augmenter ?

Je ne suis pas capable de vous le dire aujourd’hui. Les discussions sont en cours.

Plus largement, qu’allez-vous faire en matière d’accompagnement vers l’emploi ?

Aujourd’hui 140.000 personnes bénéficient de l’insertion par l’activité économique (IAE). Ce sont des contrats sur des chantiers, des ateliers, ou avec des associations. Nous en débloquerons 100.000 de plus sur le quinquennat. Nous allons aussi créer une “garantie d’activité” qui permettra de suivre et d’accompagner vers l’activité 300.000 demandeurs d’emploi par an.

Êtes-vous favorable à conditionner le versement du RSA à des heures de bénévolat, comme le fait le département du Haut-Rhin ?

Je n’y suis pas favorable, ce n’est pas l’esprit du plan. Mais il y a des droits et des devoirs. Et dans le contrat d’engagement, il y aura le devoir de se former, d’avoir un suivi. C’est là-dessus qu’on jugera et qu’on contrôlera au cas par cas. Quand vous investissez dans le social, il est normal d’attendre en retour une responsabilisation des personnes accompagnées. Ceux qui ne suivront pas les parcours d’emploi, les formations, ceux-là bien sûr seront sanctionnés.

Qu’avez-vous prévu pour aider les jeunes ?

Un quart des sans-abris sont d’anciens bénéficiaires de l’aide sociale à l’enfance (ASE), donc elle ne fonctionne pas bien. Par ailleurs, deux millions de jeunes entre 18 et 29 ans n’ont ni emploi ni formation. Nous allons étendre l’obligation de formation jusqu’à 18 ans [contre 16 ans actuellement]. Aujourd’hui, à 16 ans, des jeunes quittent le système éducatif sans diplôme et souvent se retrouvent dans une situation de grand dénuement, ce qui est criminel. Demain, ce ne sera plus possible.

Mais est-ce que ça ne revient pas à décaler le problème après les 18 ans ?

Une fois qu’on a 18 ans, on est majeur, libre, l’Etat ne peut pas vous obliger à faire quelque chose. En revanche, il sera possible de bénéficier de l’aide sociale à l’enfance jusqu’à 21 ans. On ne lâchera plus les jeunes précaires après leur majorité.

Qu’allez vous faire pour les enfants, dont un sur cinq vit sous le seuil de pauvreté ?

Nous allons construire 30.000 places de crèches et nous allons généraliser le « tiers-payant » de complément de garde [à domicile] dès 2019 [il était expérimenté dans plusieurs départements]. C’est-à-dire qu’il n’y aura pas d’avance de frais à faire lorsqu’on aura besoin de trouver une garde. Ces mesures concerneront en priorité les quartiers « politique de la ville » (QPV).

Nous allons aussi distribuer des petits-déjeuners aux élèves des écoles primaires des quartiers prioritaires. Car ils sont où les enfants obèses ? Essentiellement dans les quartiers les plus défavorisés de la République. Pourquoi ? Parce que le matin, ils ne prennent pas de petit-déjeuner équilibré, ou n’en prennent pas du tout.

Certains peuvent penser que le petit-déjeuner à l’école, c’est un gadget. Pour les gamins qui n’ont rien dans le ventre, et qui vont faire une journée d’école, je vous assure que ça n’en est pas un. Pour moi c’est une mesure indispensable qui fait partie d’un tout : vous ne pouvez pas vous occuper que de l’emploi, ou que du logement, ou que de la santé.

Le plan va entrer en vigueur au 1er janvier 2019. N’arrive-t-il pas un peu tard ?

Vous ne faites pas ce plan sans avoir consulté tous ceux qui travaillent dans ce secteur, et ils sont nombreux. Ensuite, nous avions déjà pris des mesures contre la précarité, comme le dédoublement des classes de CP dans les écoles prioritaires. C’est la plus importante mesure sociale qu’on ait faite dans ce pays depuis bien longtemps.

On augmente la prime d’activité dès ce mois-ci et on a aussi mis en place le plan d’investissement dans les compétences, avec l’apprentissage. D’ailleurs, il y a un chiffre qui n’a jamais été commenté : les demandes d’apprentissage ont grimpé de 45 % par rapport à l’année dernière. Pourquoi ? Parce qu’on a promis de mieux payer, d’aider à passer le permis, et qu’on a rendu l’entrée dans l’apprentissage plus flexible.

Est-ce que le gouvernement se fixe des objectifs chiffrés de réduction de la pauvreté ?

On a un peu moins de 2 millions de personnes au RSA, 3 millions d’enfants sous le seuil de pauvreté et quasiment 9 millions de pauvres au total. Si on arrive à faire baisser tout ça, on aura réussi.