Réforme des retraites: «Le vrai défi, c'est d'arriver à un projet collectif en gérant les peurs individuelles», estime Jean-Paul Delevoye

INTERVIEW Le haut-commissaire à la réforme des retraites affirme que l'avis des Français sera pris en compte...

Propos recueillis par Nicolas Raffin

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Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire chargé de la réforme des retraites.
Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire chargé de la réforme des retraites. — Christophe Ena/AP/SIPA
  • Jean-Paul Delevoye a été chargé de réfléchir à la réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron.
  • Il va participer à plusieurs ateliers dans toute la France d’ici mi-octobre.
  • Il promet que la consultation des citoyens n’est pas un « alibi ».

La réforme toujours en marche. Après le Code du travail en 2017, le gouvernement s’attaque à la réforme des retraites, promesse de campagne d’ Emmanuel Macron, qui devrait être votée en 2019. Depuis quelques mois, les Français sont d’ores et déjà invités à y réfléchir.

Sur Internet ou dans des « ateliers participatifs », dont le premier s'est tenu ce jeudi à Montreuil (Seine-saint-Denis) chacun peut donc donner son avis sur le futur « système universel » voulu par le président de la République et censé remplacer les 42 régimes obligatoires qui coexistent aujourd’hui. Pour le Haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, cette démarche participative est d’une grande utilité.

Pourquoi teniez-vous à organiser des ateliers, et pas seulement une consultation en ligne sur l’avenir des retraites ?

C’est quelque chose d’important de permettre à chaque citoyen de s’approprier ce projet, qui les concerne tous. C’est important pour moi et pour mon équipe de venir au contact, d’être confrontés aux interrogations, aux inquiétudes, aux interpellations. Cela nous permet de confirmer ou d’infirmer nos choix et surtout le vrai défi, c’est comment arriver à un projet collectif en gérant les peurs individuelles. Chacun réagit en fonction de sa retraite, son montant, de sa durée de cotisation, et c’est légitime.

Ces rencontres avec les citoyens auront-elles vraiment un impact sur votre travail ?

Je ne fais pas une consultation citoyenne pour faire bien. Je fais ça parce que c’est une de mes convictions profondes depuis très longtemps. Je crois beaucoup à l’intelligence collective. Nous ne sommes plus dans un système où l’on demandait au citoyen d’obéir. Il s’agit de comprendre, d’adhérer. La bonne méthode, c’est d’abord la présentation des enjeux, la participation au débat, et une fois que le débat a été tranché, on prend la décision.

Pourtant Emmanuel Macron l’a annoncé, il veut un système « universel » de retraite. La décision n’est-elle pas déjà prise ?

Les principes sont tracés, les applications non. Il faut des règles communes, une équité. Mais on a besoin d’approfondir toute une série de questions : quelle sera la nature des pensions de reversions ? Comment prend-on en compte la maternité ? Les situations de handicap ? Sur ces sujets, comme sur beaucoup d’autres, le chemin reste à tracer.

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