Faut-il avoir peur du retour de l’inflation?

VIE QUOTIDIENNE Le rebond de 2018 n’est pas forcément une bonne nouvelle…

Nicolas Raffin

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Le rayon jambon d'un supermarché à Nîmes.
Le rayon jambon d'un supermarché à Nîmes. — SYLVAIN THOMAS / AFP
  • L’inflation s’élève à 2,3 % sur un an.
  • L’augmentation des prix rogne le pouvoir d’achat, faute de hausse des salaires.
  • L’inflation devrait néanmoins refluer d’ici quelques mois.

La tendance de l’été se confirme. Selon les derniers chiffres des prix à la consommation publiés ce vendredi par l’Insee, en moyenne, les prix sont en hausse de 2,3 % sur un an. Autrement dit, l’inflation est de retour. Une mauvaise nouvelle pour le pouvoir d’achat, puisque si les prix augmentent, les salaires eux, progressent beaucoup moins vite.

« L’inflation actuelle n’est pas liée à des tensions internes à l’économie française, analyse Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision à l’OFCE. C’est une inflation "importée" liée essentiellement à la montée du prix du baril de pétrole ». En conséquence, les entreprises ou encore les automobilistes voient leurs factures s’alourdir.

Le salarié n’est pas en position de force

Le problème, c’est que l’inflation dite « sous-jacente », elle, ne suit pas ce rythme. Cette dernière ne tient pas compte des prix de l’énergie, du tabac, ou encore de certains produits alimentaires qui sont soumis à de fortes variations saisonnières ou décidés par l’État. Bref, l’inflation « sous-jacente » permet d’avoir une vision plus stable de l’évolution globale des prix. Or, elle tourne autour de 1 %, et est principalement liée à… l’augmentation des salaires.

« Il y a deux facteurs qui pourraient permettre une hausse des salaires, poursuit Eric Heyer. Le premier, c’est l’augmentation de la productivité, et elle est plutôt faible. Le second facteur, ce serait une baisse du chômage ». Or, le taux de chômage au sens du BIT touchait 8,7 % de la population en France au deuxième trimestre 2018 : c’est encore très loin d’une situation dite de « plein-emploi » (en dessous de 5 % de chômage), d’autant plus que la baisse est très limitée sur un an (-0,4 point). « Ce niveau élevé de chômage ne donne pas beaucoup de pouvoir de négociation aux salariés », conclut Eric Heyer.

« Il n’y a pas de raison d’espérer un rattrapage des salaires »

Pour autant, tous les consommateurs ne sont pas touchés de la même manière par l’inflation. « Les salaires qui augmentent les plus vite sont les salaires les plus élevés, rappelle Mireille Bruyère, maître de conférences à Toulouse-2 et auteur de L’insoutenable productivité du travail (avril 2018, éditions Bords de l’eau). L’inflation touche donc beaucoup plus fortement les bas salaires ».

Selon cette membre des Economistes atterrés (classés à gauche), « il n’y a pas de raison d’espérer un rattrapage des salaires tant que le chômage ne baisse pas, mais aussi tant que les collectifs de travail, comme les syndicats, seront affaiblis. L’augmentation des salaires est aussi le résultat d’un rapport de force, et au vu des récentes lois votées depuis l’élection d’Emmanuel Macron, comme la réforme du Code du travail, ce rapport de force n’est pas en faveur du salarié ».

Les plus déprimés pourront se consoler avec cette remarque d’Eric Heyer : « cette inflation est une mauvaise nouvelle ponctuelle, puisque d’ici quelques mois la hausse des prix devrait être beaucoup moins forte ». Pas sûr cependant que cela suffise à convaincre ceux qui ont l’impression de perdre du pouvoir d’achat depuis des mois.

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